Les concepts axiomatiques

Le texte d’Ayn Rand qui suit, traduit par mes soins, fut publié à l’origine en 1966 dans The Objectivist et fut par la suite intégré en tant que chapitre — court mais dense — d’Introduction to Objectivist Epistemology, où Rand explique la nature des axiomes Objectivistes. Le texte original est disponible gratuitement ici.


IntroductionToObjectivistEpistemologyLes axiomes sont généralement considérés comme des propositions identifiant une vérité fondamentale et évidente par elle-même. Mais les propositions explicites en tant que telles ne sont pas des primats : elles sont faites de concepts. La base de la connaissance humaine — de tous les autres concepts, tous les axiomes, propositions et pensées — est faite de concepts axiomatiques.

Un concept axiomatique est l’identification d’un fait premier de la réalité qui ne peut être analysé, c’est-à-dire réduit à d’autres faits ou brisé en parties constituantes. Il est implicite dans tout fait et toute connaissance. C’est le donné fondamental, ce qui est directement perçu ou expérimenté, qui ne requiert ni preuve ni explication, mais sur lequel toute preuve ou explication repose.

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Reportage : OCON 2018

Du 29 juin au 5 juillet dernier s’est tenue ce qu’on pourrait appeler « l’université d’été » du Ayn Rand Institute (ARI) ou « Objectivist Summer Conference » généralement appelée « OCON », un événement qui se déroule tous les ans dans différentes villes des États-Unis. Cette édition 2018 se passait à Newport Beach en Californie à l’hôtel Marriott. Si vous me suivez sur Twitter, vous savez déjà que j’y étais.

HotelOCON
Hôtel Marriott de Newport Beach, où a eu lieu OCON cette année.

Je vais tenter dans cet article un peu particulier de donner un petit aperçu de cette convention, tout en sachant bien que je serais loin d’être exhaustif, que ce soit dans mes propos ou dans les photos, car ce fut une riche semaine.

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Facets of Ayn Rand : Dans l’intimité de la philosophe

FFacetsOfAynRandacets of Ayn Rand, sorti en 2001, est un court livre d’entretien avec Mary Ann Sures et Charles Sures, un couple d’ami proche d’Ayn Rand durant vingt-huit ans pour Mary Ann et près de vingt ans pour Charles. Mary Ann (Rukavina avant son mariage), qui faisait partie du mouvement Objectiviste (elle écrivait dans les publications Objectivistes et faisait des conférences, elle est notamment l’auteur d’un article sur la sculpture dans une perspective Objectiviste), était professeur d’histoire de l’art et dactylographe d’Ayn Rand dans les années 50, tandis que Charles fut pendant un temps son avocat.

Le couple raconte ses relations avec Ayn Rand — et son mari — selon différents aspects. À travers une grande quantité d’anecdotes personnelles, ce sont essentiellement des aspects du quotidien qui sont traités, et ce parfois jusqu’aux moindres détails : ce qu’elle aimait manger, les vêtements qu’elle aimait porter, son rapport avec son mari, avec ses chats, ce qu’elle aimait faire pour se détendre, ce qui la faisait rire, etc.

Il est donc bien clair que cet ouvrage s’adresse surtout à ceux qui apprécient Ayn Rand et s’intéressent à elle en tant que personne, sans quoi vous pouvez passer votre chemin.

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Équivoque sur l’art Romantique

Toute personne qui s’intéresse à l’Objectivisme peut difficilement ignorer qu’artistiquement, Ayn Rand se réclamait de l’école Romantique ; qu’elle considérait par ailleurs cette école comme la meilleure, et qu’elle l’opposait notamment au Naturalisme.

En général lorsqu’on parle du Romantisme artistique, on pense, par exemple à Delacroix, Géricault, ou Caspar David Friedrich en peinture ; à Tchaïkovski, Chopin ou Schumann en musique ; à Lamartine, Victor Hugo ou Théophile Gautier en littérature… et à beaucoup d’autres évidemment.

PeintureRomantique
T. Géricault, Le radeau de la méduse, 1819 — E. Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830.

Certains se demandent alors : Qu’en est-il si je n’aime pas ces artistes ? Cela voudrait-il dire que j’ai « objectivement tort » ou que je serais « irrationnel » ? Si toutes ces œuvres m’indiffèrent alors que des œuvres non-Romantiques me procurent un plaisir incomparable…puis-je encore être Objectiviste ?

Ce type de question, qui m’a été soumis, provient certainement d’une équivoque sur ce qu’on entend par « Romantisme », dans la philosophie Objectiviste.

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Le but des écrits d’Ayn Rand

Le présent billet est un texte d’Ayn Rand traduit par mes soins, publié à l’origine en 1963 dans The Objectivist Newsletter sous le titre « The Goal of my Writings » (« Le but de mes écrits ») et qui fut republié en tant que court chapitre dans le livre The Romantic Manifesto.


La motivation et le but de mes écrits est la projection d’un homme idéal. La représentation d’un idéal moral, comme ultime but littéraire, comme fin en soi — pour laquelle toute valeur didactique, intellectuelle ou philosophique contenues dans un roman ne sont que les moyens.

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Ayn Rand (1905-1982)

Permettez-moi de le souligner : mon but n’est pas d’éclairer philosophiquement mes lecteurs, n’est pas l’influence bénéfique que mes romans peuvent avoir sur les gens, n’est pas le fait que mes romans peuvent aider au développement intellectuel d’un lecteur. Tout ceci est important, mais ce sont des considérations secondaires, ce ne sont que des conséquences et des effets, non des causes premières ou des moteurs premiers. Mon but, ma cause première et mon moteur premier est la représentation d’Howard Roark ou de John Galt ou d’Hank Rearden ou de Francisco d’Anconia en tant que fin en soi — et non en tant que moyen envers n’importe quelle fin ultérieure. Ce qui est incidemment la plus grande valeur que je pourrais jamais offrir à un lecteur.

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L’éthique Objectiviste est-elle une « Éthique de la vertu » ?

Dans un article précédent, j’ai traité la question de savoir si l’éthique Objectiviste appartenait à la catégorie des morales déontologiques ou des morales conséquentialistes, répondant par la négative dans les deux cas. J’ai expliqué notamment, pour montrer la différence avec le conséquentialisme, que selon l’Objectivisme la moralité résidait dans l’action et non dans les conséquences de l’action. (Ce qui ne veut pas dire que les conséquences ne doivent pas être prises en compte.)

Un principe d’action morale est, dans la philosophie Objectiviste une vertu. Ayn Rand identifie sept vertus cruciales : d’abord la rationalité, vertu cardinale dont toutes les autres découlent, puis, sans ordre spécifique et sans prétendre être exhaustive, l’honnêteté, l’intégrité, la justice, l’indépendance, la productivité, la fierté.

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Elizabeth Anscombe (1919-2001)

L’accent mis sur la vertu chez Ayn Rand a conduit certains intellectuels à classer l’Objectivisme dans la catégorie des « Éthiques de la vertu », un courant de philosophie morale relativement récent, né en 1958 avec l’article d’Elizabeth Anscombe « La philosophie morale moderne » qui partait du constat que l’éthique d’Aristote ne se situait pas dans l’alternative moderne déontologie ou conséquentialisme. L’Éthique de la vertu se veut donc un retour à l’approche des Anciens.

La convergence avec la philosophie d’Ayn Rand semble parfaite : importance de la vertu, refus du dilemme déontologie/conséquentialisme, plus le fait que l’Objectivisme se réclame aussi incidemment de l’héritage d’Aristote. Mais ceci est-il suffisant pour ranger la philosophie d’Ayn Rand dans cette catégorie ?

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Falsifier Ayn Rand pour l’attaquer… ou la défendre

Dans « Conseils et avertissements avant d’aborder l’œuvre d’Ayn Rand« , j’écrivais ceci :

Un premier type de méprise consiste à s’approprier les idées d’Ayn Rand d’après une philosophie différente ou incompatible, ce qui, évidemment, n’est pas interdit en soi mais conduit souvent à des erreurs d’interprétations. (Comme par exemple croire qu’Ayn Rand est une philosophe matérialiste.) Parfois, cette méprise se produit parce que l’on focalise sur une ou plusieurs conclusions que l’on apprécie, et on néglige les fondamentaux qui rendent ces conclusions possibles. En d’autres termes, on décontextualise les idées ou on renverse la hiérarchie de la connaissance. Beaucoup de libertariens, par exemple, commettent cette méprise.

L’auteur et blogueur libertarien Thierry Falissard nous offre une illustration de ce principe. En mars dernier, il publie sur son blog un billet titré : « Lettre à Matthieu Ricard au sujet d’Ayn Rand et de l’altruisme » en réponse à un article datant de l’été 2017 : « Ayn Rand est-elle vraiment le modèle à suivre pour une grande nation ?« 

J’ai déjà eu l’occasion d’échanger avec Thierry Falissard, et j’ai même fait allusion à deux reprises ces échanges sur ce blog, sans le nommer, dans les articles : « Les ravages de la désintégration intellectuelle » et « De l’être au devrait être« . Dans les deux cas, je répondais à des critiques de sa part à l’encontre de la philosophie d’Ayn Rand. Seulement voilà, comme le libertarianisme n’a pas réellement de philosophie cohérente, il n’est pas rare de voir les libertariens, lorsqu’ils ne sont plus face à un partisan du capitalisme mais face à un anticapitaliste, passer subitement de contempteur à défenseur d’Ayn Rand. (Cette dernière ayant d’ailleurs relevé ce phénomène de son vivant.)

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Interview d’Ayn Rand pour Playboy

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Playboy, mars 1964

Ci-dessous, une longue interview d’Ayn Rand donnée au magazine Playboy, en mars 1964, que le site officiel du magazine a remis en ligne en 2015, traduite par mes soins. Aux ignorants qui pensent que Playboy est un « simple » magazine de fesses, sachez que l’édition américaine de cette revue est également célèbre pour ses grandes interviews des personnalités les plus marquantes de leur époque (Martin Luther King, Vladimir Nabokov, Jean-Paul Sartre, Stanley Kubrick, Bertrand Russell, Miles Davis, Franck Sinatra, Salvador Dali, etc, etc.) L’interview était conduite par le futurologue Alvin Toffler (1928-2016).

Avertissement : Cette interview contient quelques spoilers de certains romans d’Ayn Rand tel que La Grève !


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L’intégration : la clef pour comprendre l’Objectivisme

Colorful puzzle gear wheel on the white background.Une chose indispensable, cruciale, majeure, à la compréhension de l’Objectivisme, qui manque parfois cruellement y compris à ceux qui s’intéressent à cette philosophie, est l’intégration.

Attention : le mot « intégration » n’a pas le moindre rapport ici avec l’immigration. Nous parlons de l’intégration en tant que processus mental.

La définition du verbe « intégrer » signifie : Incorporer une chose dans un ensemble (en tant que partie intégrante de ce même ensemble). C’est bien ce dont nous parlons. Dans le contexte de la philosophie, « intégrer » veut dire connecter les sensations et/ou les percepts et/ou les concepts, entre eux, pour en faire un tout unique. C’est en quelque sorte une synthèse. Naturellement, connexion implique aussi ici cohérence.

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Pourquoi la philosophie d’Ayn Rand s’appelle « Objectivisme » ?

Une question que toute personne qui découvre l’Objectivisme peut légitimement se poser, c’est pourquoi cette philosophie s’appelle « Objectivisme » ?

D’abord, un petit rappel élémentaire. L’Objectivisme est un système philosophique complet qui couvre cinq branches : la métaphysique, l’épistémologie, l’éthique, la politique et l’esthétique. La métaphysique et l’épistémologie sont les deux branches fondamentales. Une branche fondamentale est présente — au moins implicitement — dans toutes les autres branches : la métaphysique et l’épistémologie Objectiviste sont aussi présents dans l’éthique, la politique et l’esthétique. En revanche on ne trouve pas par exemple la théorie politique dans la théorie esthétique, ou l’inverse.

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