Préface de Quatrevingt-treize

Le texte d’Ayn Rand reproduit ci-dessous, traduit par mes soins, est une préface à une édition américaine de Quatrevingt-Treize de Victor Hugo, publiée en 1962. Cette préface fut par la suite intégrée, en version abrégée, en tant que court chapitre dans The Romantic Manifesto, son essai de philosophie esthétique. Il s’agit ci-dessous de la version abrégée.


Hugo93Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’ils ressentaient, ces premiers hommes de la Renaissance, lorsque — émergeant du long cauchemar du Moyen Âge, n’ayant rien vu d’autre que des monstruosités difformes et des gargouilles de l’art médiéval comme uniques reflets de l’âme humaine — ils eurent un nouveau regard sur le monde, libre et sans obstruction, et ont redécouvert les statues des dieux grecs, oubliées sous des piles de décombres ? Si c’est le cas, cette expérience émotionnelle unique est la votre lorsque vous redécouvrez les romans de Victor Hugo.

La distance entre son monde et le nôtre est étonnamment courte — il mourut en 1885 — mais la distance entre son univers et le nôtre doit être mesurée en années-lumière esthétiques. Il est pratiquement inconnu du public américain en dehors de quelques vestiges vandalisés sur nos écrans de cinéma. On parle rarement de ses œuvres dans les cours littéraires de nos universités. Il est enterré sous les décombres esthétiques de notre temps — tandis que les gargouilles nous lorgnent à nouveau, non pas sur les flèches des cathédrales, mais sur les pages de romans informes, flous et sans grammaire, sur les drogués, les bons à rien, les tueurs, les alcooliques et les psychotiques. Il est aussi invisible pour les néo-barbares de notre temps que l’était l’art de Rome pour leurs ancêtres spirituels, et pour les mêmes raisons. Pourtant, Victor Hugo est le plus grand romancier de la littérature mondiale…

La littérature Romantique n’est apparu qu’au XIXe siècle, quand la vie des hommes était politiquement plus libre que dans toute autre période de l’Histoire, et que la culture occidentale reflétait encore une influence essentiellement aristotélicienne : la conviction selon laquelle l’esprit humain est capable de traiter la réalité. Les Romantiques étaient loin d’Aristote dans les croyances dont il se revendiquaient ; mais leur sens de la vie bénéficiaient de son pouvoir libérateur. Le dix-neuvième siècle voyait le début et le point culminant d’une illustre lignée de grands écrivains Romantiques.

Et Victor Hugo fut le plus grand d’entre eux…

Les lecteurs modernes, en particulier les plus jeunes, qui ont été élevés avec le genre de littérature à côté duquel Zola passe pour Romantique en comparaison, doivent être avertis qu’une première rencontre avec Hugo pourrait être choquante pour eux : c’est comme sortir d’un souterrain obscur, saturé des gémissements de semi-cadavres purulents, pour se retrouver face à l’aveuglant éclat du soleil. Donc, pour fournir une trousse de premiers soins intellectuels, je suggérerais ce qui suit :

Ne cherchez pas de repères familiers — vous ne les trouverez pas ; vous n’entrerez pas dans le jardin de vos voisins, mais dans un univers dont vous ignoriez l’existence.

Ne cherchez pas les « gens ordinaires » — vous êtes sur le point de rencontrer une race de géants, qui auraient pu et auraient dû être vos voisins.

Ne dites pas que ces géants sont « irréels » parce que vous ne les avez jamais vus auparavant — vérifiez votre perception, pas celle de Hugo, et vos prémisses, pas les siennes ; vous montrer ce que vous aviez déjà vu mille fois auparavant n’était pas son but.

Ne dites pas que les actions de ces géants sont « impossibles » parce qu’elles sont héroïques, nobles, intelligentes, belles — rappelez-vous que la lâcheté, la dépravation, la bêtise, la laideur ne constituent pas tout ce que l’homme peut faire.

Ne dites pas que ce nouvel univers lumineux est un « échappatoire » — vous assisterez à des batailles plus difficiles, plus exigeantes, plus tragiques que celles que vous avez vues dans les coins des rues des salles de billard ; la différence étant seulement celle-ci : ces batailles ne sont pas menées au nom de petits enjeux.

Ne dites pas que « la vie n’est pas comme ça » — demandez-vous : la vie de qui ?

Cette mise en garde est rendue nécessaire par le fait que la désintégration philosophique et culturelle de notre temps — qui rabaisse l’intellect des hommes à la perspective prosaïque de courte vue d’un sauvage — a mené la littérature à un niveau où le concept d ‘« universalité abstraite » est désormais compris comme « majorité statistique ». Aborder Hugo avec un tel bagage intellectuel et de tels critères est pire que futile. Critiquer Hugo sur le fait que ses romans ne traitent pas des lieux communs quotidiens des vies moyennes, c’est critiquer un chirurgien pour le fait qu’il ne passe pas son temps à éplucher les pommes de terre. Considérer comme une défaillance de Hugo le fait que ses personnages soient « plus grands que la vie » équivaut à considérer comme une défaillance de l’avion le fait qu’il vole.

Mais pour les lecteurs qui ne voient pas pourquoi le genre de personnes qui les ennuient mortellement ou les dégoûtent dans la « vie réelle » devraient détenir le monopole du rôle des sujets littéraires, pour ceux qui désertent la littérature « sérieuse » en nombre croissant et qui cherchent la dernière rémanence du Romantisme dans la fiction policière, Hugo est le nouveau continent qu’ils avaient envie de découvrir.

Quatrevingt-treize est le dernier roman de Hugo et l’un de ses meilleurs. C’est une excellente introduction à ses œuvres : il présente — dans l’histoire, le style et l’esprit — l’essence condensée de ce qui est singulièrement « Hugo-esque ».

La toile de fond du roman est la Révolution française — « Quatrevingt-treize » signifie 1793, l’année de la Terreur, le point culminant de la Révolution. Les événements de l’histoire se déroulent pendant la guerre civile de Vendée — un soulèvement des paysans royalistes de Bretagne, menés par des aristocrates revenus d’exil pour une tentative désespérée de restaurer la monarchie — une guerre civile caractérisée par une sauvagerie sans merci des deux côtés .

Un grand nombre de choses hors-sujet ont été dites et écrites sur ce roman. Au moment de sa publication, en 1874, il n’a pas été favorablement accueilli par l’énorme public de Hugo ou par les critiques. L’explication généralement donnée par les historiens littéraires est que le public français ne sympathisait pas avec un roman qui semblait glorifier la première révolution, à une époque où le sang et les horreurs récentes de la Commune de Paris de 1871 étaient encore frais dans la mémoire du public. Deux des biographes modernes de Hugo se réfèrent au roman comme suit : Matthew Josephson, dans Victor Hugo, le mentionne comme une « romance historique » avec des « personnages idéalisés » ;HugOlympio André Maurois, dans Olympio ou la Vie de Victor Hugo, énumère un certain nombre de relations personnelles de Hugo avec le contexte de l’histoire (comme le fait que le père de Hugo combattait en Vendée, du côté républicain), puis remarque : « Le dialogue [du roman] est théâtral. Mais la Révolution française avait été théâtrale et dramatique. Ses héros ont tenus des poses sublimes et les ont tenus jusqu’à la mort. » (Ce qui est une approche purement Naturaliste ou une tentative de justification.)

Le fait est que Quatrevingt-treize n’est pas un roman sur la Révolution française.

Pour un Romantique, une toile de fond est une toile de fond, pas un thème. Sa vision est toujours centrée sur l’homme — sur les fondements de la nature de l’homme, sur ces problèmes et sur les aspects de son caractère qui s’appliquent à toute époque et à tout pays. Le thème de Quatrevingt-treize — qui se joue dans des variations brillamment inattendues de tous les incidents clés de l’histoire, et qui est la force motrice de tous les personnages et de tous les événements, les intégrant dans une progression inévitable vers un magnifique point culminant — est : la loyauté de l’homme envers les valeurs.

Pour mettre en scène ce thème, pour isoler cet aspect de l’âme de l’homme et le montrer dans sa forme la plus pure, pour le mettre à l’épreuve sous la pression de conflits meurtriers, une révolution est un contexte approprié. L’histoire de Hugo n’est pas conçue comme un moyen de présenter la Révolution française ; la Révolution française est utilisée comme un moyen de présenter son histoire.

Ce n’est pas un code de valeurs spécifique qui le préoccupe ici, mais l’abstraction plus large : la loyauté de l’homme envers les valeurs, quelles que soient les valeurs particulières. Bien que la sympathie personnelle de Hugo soit évidemment du côté des républicains, il présente ses personnages avec un détachement impersonnel, ou plutôt, avec une admiration impartiale également accordée des deux côtés du conflit. Dans la grandeur spirituelle, l’intégrité intransigeante, le courage inébranlable et le dévouement impitoyable à sa cause, le vieux marquis de Lantenac, le leader des royalistes, est l’égal de Cimourdain, l’ancien prêtre devenu leader des républicains. (Et, peut-être Lantenac est-il supérieur à Cimourdain, en ce qui concerne la couleur et la puissance de sa caractérisation.) La sympathie de Hugo pour l’exubérance gaie et bruyante des soldats républicains va de pair avec sa sympathie pour l’entêtement sombre et désespéré des paysans royalistes. L’emphase qu’il projette n’est pas : « Quelles grandes valeurs pour lesquels les hommes se battent ! » Mais : « De quelle grandeur les hommes sont capables, lorsqu’ils se battent pour leurs valeurs ! »

quatrevingttreize_victor_hugoL’inépuisable imagination de Hugo est à son apogée dans un aspect extrêmement difficile de la tâche d’un romancier : l’intégration d’un thème abstrait à l’intrigue d’une histoire. Alors que les événements de Quatrevingt-treize sont un torrent émouvant dirigé par la logique inexorable d’une intrigue, chaque événement illustre le thème, chaque événement est un exemple du dévouement violent, torturé, agonisant et pourtant triomphant de l’homme à ses valeurs. C’est la chaîne invisible, le corollaire de l’intrigue, qui réunit des scènes telles que : la jeune mère en loques, échevelée, titubant aveuglément avec une endurance sauvage à travers des villages enflammés et des champs dévastés, cherchant désespérément les enfants qu’elle a perdu dans le chaos de la guerre civile — le mendiant qui sert d’hôte à son ancien maître féodal, dans une grotte sous les racines d’un arbre — l’humble marin qui doit faire un choix, sachant que pendant quelques heures, dans une chaloupe, dans les ténèbres de la nuit, il tient entre ses mains le sort de la monarchie — la grande et fière figure d’un homme aux vêtements de paysan et à la figure d’un aristocrate, qui lève les yeux du fond d’un ravin vers le lointain reflet d’un feu et se trouve confronté à une alternative terrible — le jeune révolutionnaire, faisant les cent pas dans l’obscurité, devant la brèche d’une tour délabrée, déchiré entre la trahison à la cause qu’il a servi toute sa vie et la voix d’une loyauté supérieure — le visage blanc d’un homme qui se lève pour prononcer le verdict d’un tribunal révolutionnaire, tandis que la foule attend dans un silence absolu pour entendre s’il va épargner ou condamner à mort le seul homme qu’il ait jamais aimé.

Le plus grand exemple du pouvoir de l’intégration dramatique est une scène inoubliable que seul Hugo aurait pu écrire, une scène où l’intensité déchirante et le suspense d’un développement complexe sont résolus et dépassés par deux simples lignes de dialogue : « Je t’arrete. » — « Je t’approuve. » Le lecteur devra atteindre ces lignes dans leur contexte complet pour découvrir qui parle et quelle énorme signification psychologique et grandeur l’auteur leur fait transmettre.

« Grandeur » est le seul mot qui nomme le leitmotiv de Quatrevingt-treize et de tous les romans de Hugo — ainsi que son sens de la vie. Et peut-être que le conflit le plus tragique n’est pas dans ses romans, mais dans leur auteur. Avec une vision si magnifique de l’homme et de l’existence, Hugo n’a jamais découvert comment l’appliquer dans la réalité. Il professait des croyances conscientes qui contredisaient son idéal subconscient et rendaient son application à la réalité impossible.

Il ne traduisait jamais son sens de la vie en termes conceptuels, il ne se demandait pas quelles idées, quels prémisses ou quelles conditions psychologiques étaient nécessaires pour permettre aux hommes d’atteindre la stature spirituelle de ses héros. Son attitude envers l’intellect était très ambiguë. C’est comme si Hugo l’artiste avait submergé Hugo le penseur ; comme si un grand esprit n’avait jamais fait de distinction entre les processus de la création artistique d’une part et de la cognition rationnelle d’autre part (deux méthodes différentes d’utilisation de sa conscience, qui ne sont pas antagoniques, mais qui ne sont pas les mêmes) ; comme si sa pensée était constituée d’images, dans son travail et dans sa propre vie ; comme s’il pensait en métaphores, pas en concepts, en métaphores qui représentaient d’énormes complexités émotionnelles, comme des symboles hâtifs et de simples approximations. C’est comme si les larges abstractions émotionnelles qu’il manipulait en tant qu’artiste le rendaient trop impatient pour la tâche de définir rigoureusement et d’identifier ce qu’il ressentait plutôt qu’il ne le savait — et il rechercha ainsi n’importe quelle théorie disponible qui semblait connoter, plutôt que dénoter, ses valeurs.

Vers la fin de Quatrevingt-Treize, Hugo l’artiste met en scène deux formidables occasions dramatiques pour que ses personnages expriment leurs idées, déclarent les fondements intellectuels de leur position : premièrement, une scène entre Lantenac et Gauvain, dans laquelle le vieux royaliste est supposé défier le jeune révolutionnaire par une défense passionnée de la monarchie ; et l’autre, entre Cimourdain et Gauvain, où ils sont censés s’affronter comme les porte-parole de deux aspects différents de l’esprit révolutionnaire. Je dis « sont censés », parce que Hugo le penseur était incapable de le faire : les discours des personnages ne sont pas des expressions d’idées, mais seulement de la rhétorique, des métaphores et des généralités. Son feu, son éloquence, son pouvoir émotionnel semblaient l’abandonner lorsqu’il avait affaire à des sujets théoriques.

220px-victor_hugoHugo le penseur était un archétypique des vertus et des erreurs fatales du dix-neuvième siècle. Il croyait en un progrès humain illimité et automatique. Il croyait que l’ignorance et la pauvreté étaient les seules causes du mal humain. Sentant une énorme et incohérente bienveillance, il était impatient d’abolir toute forme de souffrance humaine et il proclamait des fins, sans penser aux moyens : il voulait abolir la pauvreté, sans aucune idée sur la source de la richesse ; il voulait que le peuple soit libre, sans aucune idée de ce qui est nécessaire pour garantir la liberté politique ; il voulait établir la fraternité universelle, sans aucune idée sur le fait que la force et la terreur ne l’établiraient pas. Il prenait la raison pour acquise et ne voyait pas la contradiction désastreuse d’essayer de la combiner avec la foi — bien que sa forme particulière de mysticisme n’était pas de la variété orientale abjecte, mais était plus proche des fières légendes des Grecs, et son Dieu était un symbole de la perfection humaine, qu’il adorait avec une certaine confiance arrogante, presque comme un égal ou un ami personnel.

Les théories par lesquelles Hugo le penseur a cherché à appliquer ceci n’appartiennent pas à l’univers de Hugo l’artiste. Lorsque et tant qu’elles sont mises en pratique, elles produisent le contraire de ces valeurs qu’il ne connaissait que comme un sens de la vie. Hugo l’artiste a payé pour cette contradiction mortelle. Même si aucun autre artiste n’avait jamais projeté un univers aussi profondément joyeux que le sien, il y a une touche sombre de tragédie dans tous ses écrits. La plupart de ses romans ont des fins tragiques — comme s’il était incapable de concrétiser la forme dans laquelle ses héros pourraient triompher sur terre, et qu’il ne pouvait guère que les laisser mourir au combat, avec une intégrité inébranlable comme seule affirmation de leur loyauté envers la vie ; comme si, pour lui, c’était la terre, et non le ciel, qui représentait un objet de désir, qu’il ne pourrait jamais atteindre ou gagner complètement.

Telle était la nature de son conflit : mystique dans ses convictions conscientes, il était passionnément amoureux de cette terre ; altruiste, il adorait la grandeur de l’homme, non ses souffrances, ses faiblesses ou ses maux ; avocat avoué du socialisme, il était un individualiste farouchement intransigeant ; champion de la doctrine d’après laquelle les émotions sont supérieures à la raison, il a atteint la grandeur de ses personnages en les rendant tous superbement conscients, pleinement conscients de leurs motivations et de leurs désirs, entièrement focalisés sur la réalité et agissant en conséquence — de la paysanne de Quatrevingt-Treize à Jean Valjean dans Les Misérables. Et c’est le secret de leur propreté particulière, c’est ce qui donne à un mendiant la stature d’un géant, cette absence d’irrationalité aveugle, de dérive stupide et floue ; c’est la marque de tous les personnages de Hugo ; c’est aussi la marque de l’estime de soi humaine.

À quel camp politico-philosophique appartient Victor Hugo ? Ce n’est pas par hasard que, de nos jours, dans une culture dominée par le collectivisme altruiste, il ne soit pas le favori de ceux dont il aurait prétendument partagé les prétendus idéaux.

J’ai découvert Victor Hugo lorsque j’avais treize ans, dans l’étouffante et sordide laideur de la Russie soviétique. Il faut avoir vécu sur une planète pestilentielle pour comprendre pleinement ce que ses romans — et son univers rayonnant — signifiaient pour moi et signifient maintenant. Et le fait que j’écrive une préface à l’un de ses romans — pour le présenter au public américain — a, pour moi, le sens du genre de drame qu’il aurait approuvé et compris. Il a aidé à me permettre d’être ici et à être écrivain. Si je peux aider un autre jeune lecteur à trouver ce que j’ai trouvé dans son travail, si je peux apporter aux romans de Victor Hugo une partie du genre de public qu’il mérite, je le considérerai comme un paiement d’une dette incalculable qui ne pourra jamais être évaluée ou remboursée.

Auteur : ObjectivismeFR

Auteur du blog "De l'Objectivisme".

11 réflexions sur « Préface de Quatrevingt-treize »

  1. Merci pour la traduction.

    J’ai du mal à comprendre comment s’articule son intérêt pour le romantisme avec le reste de sa philosophie. J’entends par là dans la perspective où tout est bétonné de prémisses et de logique qui fait qu’on ne peut pas penser autrement si l’on veut être rationnel.

    Et du coup : si l’on préfère Racine à Hugo, Bach à Chopin, De Vinci à Caspar David Friedrich, est-on quelqu’un agissant irrationnellement et ayant objectivement tort ?

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  2. J’ai du mal à comprendre comment s’articule son intérêt pour le romantisme avec le reste de sa philosophie.

    Question complexe à laquelle Ayn Rand répond dans The Romantic Manifesto en expliquant le rôle de l’art dans la vie humaine. Mais c’est une question que je vais essayer d’approfondir au fur et à mesures des publications de ce blog.

    J’entends par là dans la perspective où tout est bétonné de prémisses et de logique qui fait qu’on ne peut pas penser autrement si l’on veut être rationnel.

    Lorsqu’on parle de l’Objectivisme, il ne faut jamais perdre de vue la structure hiérarchique de la connaissance : On peut tout à fait penser autrement, pourvu que l’on n’aille pas à l’encontre des fondamentaux (sans quoi cette philosophie n’a plus d’identité). Plus on s’éloigne des fondamentaux pour aller vers des conclusions dérivées, et plus les divergences sont possibles.

    Et du coup : si l’on préfère Racine à Hugo, Bach à Chopin, De Vinci à Caspar David Friedrich, est-on quelqu’un agissant irrationnellement et ayant objectivement tort ?

    Question intéressante, mais en l’état, c’est un aspect de la philosophie Objectiviste que je ne maîtrise pas encore parfaitement (c’est l’aspect de cette philosophie que je maîtrise le moins à l’heure actuelle) mais que je souhaite approfondir dans l’avenir. Donc pour l’instant je ne peux pas vraiment répondre à ta question, même si j’ai des raisons de penser que la réponse est non. Ce que je peux te donner comme élément de réponse pour l’instant :
    1° Selon l’Objectivisme, la qualité d’une oeuvre d’art n’est pas entièrement (voire pas du tout ?) subjective, tout ne se vaut pas. Il y a une manière objective de juger la qualité des œuvres.
    2° Une oeuvre d’art fait écho à ce qu’on appelle dans la terminologie Objectiviste ton « sens de la vie », lequel n’est pas, et ne peut pas être formé de façon entièrement consciente et rationnelle. Selon l’Objectivisme, « rationnel » ou « objectif » ne signifie pas « impersonnel ». Chacun de nous a une identité, une personnalité, etc. et doit agir rationnellement fonction de ça aussi.

    J’ajoute enfin que Leonard Peikoff répond à une question analogue (« Faut-il aimer les grattes-ciel pour être Objectiviste ? ») dans Understanding Objectivism. [Spoiler]La réponse est non.[/Spoiler]

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  3. Faut-il aimer les gratte-ciel pour être Objectiviste ?

    Mine de rien, c’est une question fondamentale. Lorsqu’on regarde la sociologie des objectivistes, on s’aperçoit que ce sont très souvent, voir intégralement des personnes plutôt aisés, de milieux universitaires, notamment. En tout cas, c’est que j’ai pu observé, peut-être ai-je tort.

    La question que je pose, quand je vois l’attitude et le mode de vie des objectivistes, c’est : « peut-on vivre dans une yourte, et vivre de son potager et de ses quelques poules, et être compatible avec la philosophie objectiviste ? », ou encore « peut-on être un nomade et un objectiviste ? Est-ce que le mode de vie des nomades lapons ou mongols est compatible avec la philosophie objectiviste ? »

    Quand j’entends des Objectivistes comme Yaron Brook nous parler de la Scandinavie et de leur mode de vie, en ironisant sur le fait que la plage, le soleil et les cocktails, c’est quand même bien mieux que cette satanée neige, ces lacs et ces aurores boréales, je me dis qu’il y a un état d’esprit bien particulier derrière tout ça, et sincèrement, je n’y adhère pas. Non, personnellement, en cette période, je préfère me trouver à Bergen, où il fait 17 degrés plutôt qu’à Los Angeles, où il fait plus de 30 degrés.

    Après tout, Ayn Rand a toujours, si je ne me trompe pas, mis en avant, dans ses romans, des citadins, et des gratte-ciel.

    J’en profite pour vous féliciter pour ce blog.

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    1. Vous avez effectivement tort, même si tout dépend ce que vous entendez par « Objectiviste ». Ayn Rand s’est précisément faite un nom, non pas grâce à une reconnaissance auprès d’universitaires aisés, mais au contraire auprès d’une audience populaire aux États-Unis. Après, si on parle spécifiquement des intellectuels Objectivistes, par définition, ce sont des intellectuels, donc souvent des universitaires oui. Mais c’est normal et inévitable pour toute philosophie : les spécialistes de n’importe quel philosophe quel qu’il soit, que ce soit Aristote, Spinoza, Kant ou Marx, sont des universitaires… cela ne veut pas dire que cette philosophie s’adresse spécifiquement aux gens aisés ou aux universitaires, et de fait ce n’est pas le public qu’elle touche majoritairement.

      Ensuite, vous faites plusieurs confusions, que je vais essayer de décortiquer.

      D’abord, la philosophie Objectiviste soutient que les valeurs sont objectives, et non pas intrinsèques. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de valeur « en soi », comme l’a toujours dit Ayn Rand, toutes les valeurs sont contextuelles et une valeur présuppose toujours une réponse à deux questions : une valeur pour qui et pour quoi ? Selon le contexte de l’individu, une valeur pour l’un ne sera pas une valeur pour l’autre et inversement. Cela ne veut pas dire que les valeurs sont subjectives, c’est là qu’il faut comprendre ce qu’Ayn Rand entend par « valeurs objectives » : il s’agit de la relation entre l’individu et la réalité. Mais il n’y a évidemment aucun principe dans la réalité qui dit qu’il faut aimer les gratte-ciels par exemple. En disant qu’Ayn Rand a toujours mis en avant dans ses romans des citadins et des gratte-ciels (ce qui n’est pas vrai, et les gratte-ciels sont mis en avant dans un seul roman, qui se déroule dans le milieu de l’architecture) vous commettez l’erreur intellectuelle qu’Ayn Rand appelait être « concrete-bound » (être « enchaîné au concret »), vous ne voyez pas les principes abstraits plus généraux derrière des incarnations concrètes. Si Ayn Rand aimait les gratte-ciels, c’est parce qu’ils représentaient dans son contexte (le contexte de son époque et de sa vie) l’accomplissement humain, une civilisation moderne (ce qui est moins le cas aujourd’hui). Et on peut dire que l’Objectivisme reconnaît l’accomplissement humain (technologique, scientifique, artistique, intellectuel… par exemple), la civilisation moderne, comme une valeur objective pour l’être humain par opposition à une société primitive, préhistorique, tribale. Ce qui ne veut pas dire que l’on doit préférer la ville à la campagne, ni les climats chauds ou climats froids, cela n’a rien à voir. Ce qui compte c’est de rester rationnel. Il faut faire cette importante distinction car les gens qui vivent à la campagne dans des conditions qui demeurent favorables à la vie humaine ne le peuvent que grâce à la civilisation moderne, dont les outils et matériaux dont ils disposent sont le fruit, donc même pour eux, la civilisation moderne est une valeur objective.

      Ce qui m’amène au second point : si le fait de vivre en ville ou à la campagne, dans un appartement en ville ou bien dans une yourte avec un potager et des poules peut relever de la préférence personnelle de chacun, il n’en reste pas moins que l’Objectivisme considère qu’il y a des types de sociétés ou de mode de vie au qui ne sont pas favorables à la vie humaine. Vivre nu dans la jungle en mangeant des insectes et en pratiquant la guerre des tribus ou le cannibalisme est moins favorable à la vie humaine que de vivre dans une société civilisée moderne. Après, tout dépend encore une fois du contexte : un primitif qui n’a jamais connu autre chose car il a eu la malchance de naître dans cet environnement peut très bien, dans ce contexte, se comporter aussi rationnellement que son contexte (existentiel et cognitif) le permet, de la même manière qu’à l’époque préhistorique, il y avait des hommes plus ou moins rationnels (et les plus rationnels d’entre eux sont ceux qui ont fait progresser l’humanité et fait advenir la civilisation). Mais un homme moderne qui adopterait délibérément ce mode de vie ou voudrait délibérément vivre tel un homme préhistorique, serait totalement irrationnel. À moins peut-être que ce ne soit dans le cadre d’une expérience particulière, je ne sais pas, encore une fois le contexte importe, j’insiste là dessus.

      J’en viens à présent à un troisième point. Ayn Rand disait souvent : « les émotions ne sont pas des outils cognitifs ». Un homme moderne qui serait émotionnellement attiré par une vie primitive (on ne parle pas simplement de vivre à la campagne avec un potager hein) n’y pourrait rien au sens où l’on a pas de contrôle direct sur ses émotions, mais cela ne veut pas dire qu’il aurait nécessairement raison. Car les émotions, selon l’Objectivisme, découlent des idées et peuvent être le fruit d’idées erronées. Ayn Rand préconisait de pratiquer l’introspection pour essayer de prendre conscience des idées qui sont à l’origine de telle ou telle émotion chez nous. Et si on pratique la vertu de rationalité, on peut corriger ses idées fausses pour que celles-ci soient davantage conformes à la réalité, et les réactions émotionnelles vont progressivement changer en conséquence. Je vous conseille de lire le texte « Philosophy and Sense of Life » dans The Romantic Manifesto (ou sur le lien).

      Mais le problème le plus important dans votre message me semble être le problème épistémologique de la confusion le fondamental et le dérivé, ou entre l’abstrait (le général) et le concret (le particulier). On observe souvent cette mentalité « concrete-bound » ou anti-conceptuelle chez les empiristes. Or l’Objectivisme est une philosophie qui s’oppose et critique épistémologiquement l’empirisme (comme le rationalisme du reste). Toute la difficulté lorsqu’on découvre une philosophie nouvelle, c’est qu’on la juge toujours à partir de la philosophie que l’on possède déjà préalablement. Donc pour comprendre une philosophie nouvelle et savoir de quoi l’on parle, il faut surtout connaître ses fondamentaux métaphysiques et épistémologiques, pas seulement ses conclusions apparentes.

      L’Objectivisme insiste sur le fait de « penser en terme d’essence » et « penser en termes de principes ». Cette philosophie parle beaucoup de la hiérarchie cognitive qu’il peut y avoir entre les différents niveaux d’abstractions. Par exemple, « animal » est un concept plus abstrait que « oiseau », qui est un concept plus abstrait que « hirondelle » ou « autruche ». J’ai besoin d’avoir vu des oiseaux particuliers (hirondelles ou autruches) pour former le concept « oiseau » et je peux montrer une hirondelle ou une autruche pour concrétiser le concept « oiseau » ou « animal », mais cela ne veut pas dire que tous les oiseaux ou tous les animaux sont soit des hirondelles, soit des autruches. (C’est ce que comprendrait une mentalité « enchaînée au concret ».) Une abstraction peut se décliner en une multitude de dérivés concrets. L’Objectivisme étant une philosophie, elle ne traite que d’abstractions et des abstractions les plus larges. Lorsqu’Ayn Rand ou un quelconque Objectiviste concrétise ou illustre un principe abstrait par un exemple concret particulier, cela ne veut pas dire que cet exemple est le seul possible, ni même qu’il soit le bon dans tous les contextes. Je vous conseille de lire Introduction to Objectivist Epistemology et de lire également mon article : « Équivoque sur l’art Romantique » qui aborde aussi cette confusion, appliquée à un autre exemple.

      Si j’ai mis une bannière avec une vue de New York et des gratte-ciel sur ce blog, ce n’est pas parce que j’aime les gratte-ciels ou que je considère que vivre à New York est l’idéal, mais parce que cette image, dans le contexte de notre société actuelle, symbolise bien, visuellement, une civilisation avancée, elle symbolise les États-Unis, c’est-à-dire le pays d’Ayn Rand et un des pays les plus libres du monde, que la statue de liberté symbolise la liberté, symbolise également les liens entre les États-Unis et la France (or mon blog est en français et parle d’une philosophe américaine), etc, etc.

      Même si 100% des Objectivistes aimaient les gratte-ciels (ce qui n’est pas le cas), cela n’impliquerait pas qu’un Objectiviste doit aimer les gratte-ciels. Même si 100% des Objectivistes étaient des personnes aisés ayant fait des études (ce qui n’est pas le cas) cela n’impliquerait pas que cette philosophie ne s’adresse qu’à ce public là. Il faut comprendre que la philosophie traite du niveau le plus abstrait. Soit dit en passant, vous vous trompez en disant qu’Ayn Rand, dans ses romans, met uniquement en avant des citadins. Je pourrais vous parler de certaines choses dans Atlas Shrugged, mais je ne voudrais pas vous spoiler si vous ne l’avez pas lu.

      Je vous conseille aussi d’écouter la série de conférences dont je parlais plus haut, Understanding Objectivism par Leonard Peikoff, en particulier l’avant-dernière conférence intitulée « Objectivism on Emotions and Moral Judgment ». (Mais vous bénéficierez beaucoup plus de toute la série de conférence.) Cette série de conférences existe également sous forme de livre.

      Lorsque vous vous focalisez sur le fait que Yaron Brook dit en passant et de façon anecdotique que la Scandinavie ne doit pas être si génial que ça parce qu’il y fait très froid, c’est-à-dire une opinion personnelle qu’il dit presque sur le mode de la blague (en disant d’ailleurs très vite : « mettons ça de côté »), vous ne parlez pas de la philosophie d’Ayn Rand, vous parlez seulement de Yaron Brook en tant que personne. Vous n’avez peut-être pas les mêmes goûts que lui. (Moi non plus, sur beaucoup de choses.) Mais qui a dit que vous deviez avoir les mêmes goûts que lui ? Or dans votre message vous faites quasiment comme s’il avait énoncé un principe philosophique d’après lequel un Objectiviste doit préférer les climats chauds aux climats froids ! Une philosophie se définit par ses principes abstraits, ce ne sont pas des commandements particuliers et concrets comme dans une religion. Je vous conseille aussi de lire « Applying Philosophy Without Preaching It » dans The Art of NonFiction.

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  4. Je ne parlais pas de la philosophie objectiviste, mais de ceux qui s’en revendiquaient. C’est un cliché récurrent, l’objectivisme est très souvent associé aux individus plutôt aisés (par l’extension de l’affirmation : défenseurs du capitalisme = riches. Défenseurs du communisme = pauvres).

    Observation sur une toute petite partie du sujet, à savoir l’aspect politique (comme vous dites, c’est sur ce point que beaucoup de gens critiquent ou louent l’objectivisme, en faisant comme si tout le reste n’était qu’anecdotique).

    Vous êtes parti dans une explication de la philosophie objectiviste qui m’éclaire un peu mieux sur certains points, mais ce n’est pas vers cela que portait mon propos.

    En disant qu’Ayn Rand a toujours mis en avant dans ses romans des citadins et des gratte-ciels (ce qui n’est pas vrai, et les gratte-ciels sont mis en avant dans un seul roman, qui se déroule dans le milieu de l’architecture) vous commettez l’erreur intellectuelle qu’Ayn Rand appelait être « concrete-bound » (être « enchaîné au concret »), vous ne voyez pas les principes abstraits plus généraux derrière des incarnations concrètes.

    Si, j’imagine (n’ayant pas lu ses romans, je ne peux que supposer) qu’il y a des applications beaucoup plus concrètes et générales derrières ce qu’elle décrit.

    Mais prenons un exemple d’un livre qui traiterait d’un individu qui déciderait de quitter son travail et sa maison, pour partir sur les routes. Décidant de vivre au gré des saisons, des intempéries, de fermes en fermes, de maisons en maisons, échangeant sa force de travail (bénévole) contre un bol de soupe et un logis, au gré des villages et des pays, dans un livre qui mettrait ça en scène pour traiter d’un sujet type : « les hommes ne partagent pas assez entre eux, il n’y a pas assez d’interactions sociales, il faut plus de fraternité ».

    Quel type de public ce genre d’ouvrages pourrait-il toucher ? Probablement les populations rurales, plutôt pauvres, un peu penché « jardin solidaire/épicerie solidaire » (ce genre d’initiatives), les nomades… mais j’avoue que j’imagine mal Yaron Brook, entrepreneur israélien et américain le lire.
    L’histoire, même si ce n’est pas le fond du problème (on pourrait traiter du même type de sujet dans le New-York des années 60), influence beaucoup les lecteurs. Et en général, le lecteur s’assimile davantage à quelqu’un qui lui ressemble.

    Si j’ai mis une bannière avec une vue de New York et des gratte-ciel sur ce blog, ce n’est pas parce que j’aime les gratte-ciels ou que je considère que vivre à New York est l’idéal, mais parce que cette image, dans le contexte de notre société actuelle, symbolise bien, visuellement, une civilisation avancée, elle symbolise les États-Unis, c’est-à-dire le pays d’Ayn Rand et un des pays les plus libres du monde, que la statue de liberté symbolise la liberté, symbolise également les liens entre les États-Unis et la France (or mon blog est en français et parle d’une philosophe américaine), etc, etc.

    Symbolise bien pour qui ? Ca ne symbolise pas une société avancée pour moi. Toute cette population entassée dans des immeubles, toutes ces (fausses) interactions sociales dans les rues (tout le monde se croise, personne ne se connaît), toute cette violence quotidienne, tous ces mouvements de foules désordonnés. Rappelez-vous les coupures d’électricité à Manhattan, le nombre de pillages, d’incendies, de violences, etc.
    Est-ce ça la société avancée ?
    En campagne, lorsqu’il y a des coupures de courant, on sort les bougies et on joue aux cartes, en ville, on pille, on incendie.

    Ce qui m’amène au second point : si le fait de vivre en ville ou à la campagne, dans un appartement en ville ou bien dans une yourte avec un potager et des poules peut relever de la préférence personnelle de chacun, il n’en reste pas moins que l’Objectivisme considère qu’il y a des types de sociétés ou de mode de vie au qui ne sont pas favorables à la vie humaine. Vivre nu dans la jungle en mangeant des insectes et en pratiquant la guerre des tribus ou le cannibalisme est moins favorable à la vie humaine que de vivre dans une société civilisée moderne.

    Bien sûr, en-dehors de quelques marginaux, ceux qui vivent en « autonomie » à la campagne profite de la société moderne (outils énergétiques, purificateurs d’eau, voitures, etc.)
    Je retourne la question, mais est-ce que le mode de vie à New York (dont je viens d’évoquer la coupure de courant, mais je pourrais évoquer bien d’autres problèmes, comme je l’ai dit, le fait que personne ne se connaisse, etc.) est plus favorable à la vie humaine qu’un mode de vie de tribal où personne ne va s’entretuer parce-que l’électricité a été coupé.

    Autre exemple, mais s’il y a une coupure d’eau, où le new-yorkais fera-t-il ses besoins ? Chez lui, bien sûr, où voulez-vous qu’il aille ? Tout est bétonné, et il vit dans un appartement. C’est tout le problème de ce mode de vie dit « moderne et civilisé », l’homme n’a plus aucune indépendance. Au moindre problème, il meurt.

    Le nomade, lui, peut faire ses besoins où il le souhaite, et le campagnard peut très bien survivre très longtemps avec une coupure d’eau, s’il est préparé, et mettre ses déjections au fond du jardin. Le dernier des humains vivant dans la forêt pourra faire ses besoins n’importe où.

    Disons que l’utilisation de New York comme société moderne civilisé, j’ai du mal.

    Je n’évoque pas ça pour rien, je m’explique plus précisément, pour exprimer où je veux en venir.

    Je vais reprendre Yaron Brook, mon cobaye, je suis persuadé que ce monsieur serait opposé à l’utilisation de toilettes sèches parce-que ce serait considéré comme « arriéré » (pourtant, ça a des avantages : tu es indépendant dans ton système de toilettes, c’est toi qui l’a construit, tu peux donc le réparer quand et comme tu veux, tu as ton propre système de recyclage, tu ne dépends pas d’une fosse ou d’un tout-à-l’égout pour évacuer tes déchets, au niveau écologique, c’est tout gagnant, ça n’utilise pas d’eau potable et ça s’utilise, si bien recyclé, dans le jardin).

    En fait, quand j’écoute (parce-que ça m’arrive) les conférences du ARI, j’ai vraiment l’impression qu’ils ne voient pas d’autres avenirs en dehors du mode de vie qu’ils décrivent comme « moderne et civilisé ».

    Je suis convaincu que ce qui s’approche le plus du mode de vie favorable à la survie de l’espèce humaine, c’est une sorte d’entre-deux. Je rejette le mode de vie tribaliste et cannibale, tout autant que le mode de vie des citadins (qui mourra entouré de ses déjections. Je caricature, mais l’être humain a besoin d’un espace vital). Utiliser les outils du monde moderne tout en vivant de manière modeste, et ça, en terme d’exemples, je ne le vois pas beaucoup dans les propos du ARI, au contraire (et le fait d’être universitaire ou intellectuel n’empêche pas de vivre en yourte et de purifier son eau de pluie pour boire).

    Lorsque vous vous focalisez sur le fait que Yaron Brook dit en passant et de façon anecdotique que la Scandinavie ne doit pas être si génial que ça parce qu’il y fait très froid, c’est-à-dire une opinion personnelle qu’il dit presque sur le mode de la blague (en disant d’ailleurs très vite : « mettons ça de côté »), vous ne parlez pas de la philosophie d’Ayn Rand, vous parlez seulement de Yaron Brook en tant que personne. Vous n’avez peut-être pas les mêmes goûts que lui. (Moi non plus, sur beaucoup de choses.) Mais qui a dit que vous deviez avoir les mêmes goûts que lui ? Or dans votre message vous faites quasiment comme s’il avait énoncé un principe philosophique d’après lequel un Objectiviste doit préférer les climats chauds aux climats froids ! Une philosophie se définit par ses principes abstraits, ce ne sont pas des commandements particuliers et concrets comme dans une religion. Je vous conseille aussi de lire « Applying Philosophy Without Preaching It » dans The Art of NonFiction.

    Non, je ne dis pas que Yaron Brook énonce un postulat philosophique, bien sûr. J’avais compris le ton de la blague. Je ne parlais pas de la philosophie d’Ayn Rand, mais de la sociologie des objectivistes (avec un seul exemple, vous me direz, c’est léger, mais je le trouvais intéressant), et je trouve que le personnage de Yaron Brook est très caricatural, en soi. C’est un entrepreneur israélien (pays du désert moyen-oriental) et américain, qui crache sur ces saletés de pays enneigés du nord, vantant le climat méditerranéen des villes surpeuplés de Californie. Ce qu’il n’a pas l’air de comprendre, c’est que certains populations sont plus heureuses dans des pays où on paye plus d’impôts, mais où on ne risque pas de se faire fusiller en pleine rue (je ne suis pas anti-armes, bien au contraire, c’est une image pour imager le taux de délinquance et de criminalité en Californie, contrairement à des pays comme la Finlande ou la Norvège).

    Décidément, je ne comprends pas pourquoi les populations d’Europe du Nord semblent plus heureuses que la population californienne…

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    1. C’est un cliché récurrent, l’objectivisme est très souvent associé aux individus plutôt aisés (par l’extension de l’affirmation : défenseurs du capitalisme = riches. Défenseurs du communisme = pauvres).

      C’est surtout un cliché marxiste, mais je ne vois pas l’intérêt d’énoncer un tel cliché, d’autant qu’il ne correspond nullement à la réalité. (Ou plus depuis fort longtemps.) De fait, aujourd’hui en occident, les idées proches du communisme, sont très majoritairement soutenues par des gens aisés, voire très aisés, alors que c’est un public populaire qui défend des idées de liberté. Après, cela dépend toujours des époques et des pays.

      Si, j’imagine (n’ayant pas lu ses romans, je ne peux que supposer) qu’il y a des applications beaucoup plus concrètes et générales derrières ce qu’elle décrit.

      Ses romans sont des concrétisations. Ce que je veux dire c’est que lorsqu’elle incarne dans ses romans un principe abstrait avec un exemple concret, cela ne veut pas dire que cette concrétisation soit la seule possible. Le voir comme cela, c’est être enchaîné au concret comme je le disais. À travers un exemple concret dans un roman, il faut faire fonctionner son esprit, sa faculté d’abstraction pour faire précisément abstraction des caractéristiques inessentielles et comprendre le principe abstrait derrière l’exemple concret. Il faut « voir avec l’œil de l’esprit ».

      Mais prenons un exemple d’un livre qui traiterait d’un individu qui déciderait de quitter son travail et sa maison, pour partir sur les routes. Décidant de vivre au gré des saisons, des intempéries, de fermes en fermes, de maisons en maisons, échangeant sa force de travail (bénévole) contre un bol de soupe et un logis, au gré des villages et des pays, dans un livre qui mettrait ça en scène pour traiter d’un sujet type : « les hommes ne partagent pas assez entre eux, il n’y a pas assez d’interactions sociales, il faut plus de fraternité ».

      Quel type de public ce genre d’ouvrages pourrait-il toucher ? Probablement les populations rurales, plutôt pauvres, un peu penché « jardin solidaire/épicerie solidaire » (ce genre d’initiatives), les nomades… mais j’avoue que j’imagine mal Yaron Brook, entrepreneur israélien et américain le lire.

      D’abord je pense que vous vous trompez lourdement sur le type de public que cela toucherait. Je pense au contraire que cela toucherait un public aisé, majoritairement urbain. Car le message que vous décrivez représente typiquement un fantasme qui touche des populations aisées et urbaines. Les personnes « jardin solidaire/épicerie solidaire » ne sont pas majoritairement des populations rurales pauvres, c’est exactement le contraire. On trouve plus d’admirateurs de Walden (par exemple) parmi les populations aisés, urbaines, universitaires (les étudiants par exemple) que parmi les populations rurales pauvres.

      Ensuite, Yaron Brook pourrait très bien lire un tel livre, premièrement parce que les Objectivistes ne lisent pas que des livres avec lesquels ils sont d’accord, et deuxièmement, comme je crois comprendre que vous imaginez un roman, parce qu’il pourrait même, selon le cas, y voir une certaine valeur. Un Objectiviste ne voit pas l’art comme un véhicule de propagande, donc ne considère pas qu’un bon roman doit nécessairement être conforme à ses idées. Sans quoi Ayn Rand n’aurait pas tant d’admiration pour Victor Hugo, Dostoïevski, Edmond Rostand ou d’autres ! Évidemment si le roman n’a absolument rien d’autre à offrir que de la propagande idéologique, ce sera un mauvais roman, mais cela n’a rien à voir avec les idées qu’il défend, que celles-ci soient bonnes ou non (même si c’était des idées Objectivistes, ce serait un mauvais roman). Je vous conseille d’écouter la conférence de Leonard Peikoff : « The Value of Great (Though Philosophically False) Art ».

      Incidemment, le livre que vous imaginez me fait penser à un livre qui existe réellement, de quelqu’un que j’ai connu personnellement (en Israël justement) mais il ne s’agit pas d’une fiction. Le livre s’appelle Le journal d’Hadrien et Camomille et ce que vous décrivez correspond presque à ce qu’il a fait lorsqu’il avait 17 ans. (Mais il n’avait pas le « message » que vous avez imaginé pour autant que je me souvienne.) Je ne peux l’attester avec certitude, mais mon impression est qu’il avait avant tout suscité une grande fascination auprès du public urbain en effet.

      L’histoire, même si ce n’est pas le fond du problème (on pourrait traiter du même type de sujet dans le New-York des années 60), influence beaucoup les lecteurs. Et en général, le lecteur s’assimile davantage à quelqu’un qui lui ressemble.

      En l’espèce, le fond du problème ce n’est pas l’histoire que vous décrivez en tant que telle, c’est le message qu’elle serait censée véhiculer : « les hommes ne partagent pas assez entre eux, il n’y a pas assez d’interactions sociales, il faut plus de fraternité » qui, d’un point de vue Objectiviste est une idée fausse et mauvaise. (Cela ne veut pas dire qu’un tel roman serait nécessairement mauvais et qu’on ne pourrait rien en tirer, je parle seulement de ce message en tant que tel.) Donc là, indépendamment de la façon dont on met en scène cette idée, c’est une discussion philosophique. La philosophie d’Ayn Rand considère une telle perspective comme reposant sur des prémisses erronées. Vous comprenez bien que si votre question initiale revenait à : « Peut-on être d’accord avec une philosophie avec laquelle on est en désaccord ? » la question n’a pas de sens.

      Par ailleurs, lorsque vous dites qu’un lecteur ne peut être touché que par des personnages qui lui ressemblent, ce qui est encore un autre sujet, je conteste totalement cette affirmation. Cela n’est vrai que de lecteurs jeunes (ou immatures) ou à la mentalité enchaînée au concret, incapables de faire fonctionner leur esprit et de voir les principes abstraits derrière des incarnations concrètes. C’est comme si vous disiez que pour apprécier The Fountainhead, il faut avoir un intérêt pour l’architecture. Ayn Rand disait elle même qu’elle ne s’intéressait pas tant que ça à l’architecture et qu’elle ne s’y est intéressé que pour les besoins du roman, qui ne parle pas d’architecture en fait. Le personnage de Roark est roux, alors qu’Ayn Rand n’aimait pas les roux, mais elle voulait symboliser par là l’idée (abstraite) d’une singularité. C’est le même principe que dans la Préface de Quatrevingt-treize que nous sommes en train de commenter, lorsque Ayn Rand explique que certains commentateurs de Hugo n’ont pas compris que ce roman ne parle pas de l’événement concret qu’est la Révolution française, mais d’un thème abstrait à savoir la loyauté de l’homme envers les valeurs. Elle écrit : « Ce n’est pas un code de valeurs spécifique qui le préoccupe ici, mais l’abstraction plus large : la loyauté de l’homme envers les valeurs, quelles que soient les valeurs particulières. » Et lorsqu’Ayn Rand admire Cyrano de Bergerac par dessus tout, pensez-vous que c’est parce qu’elle s’identifiait au personnage de Cyrano ? (Peut-être au niveau abstrait mais pas au niveau concret.) Dans ses cours d’écriture, elle a toujours dit qu’il fallait présupposer un lecteur rationnel, donc elle présupposait toujours dans ses écrits un lecteur capable de faire fonctionner sa faculté d’abstraction. Pour les lecteurs intellectuellement limités (ce qui est une question de choix), tant pis pour eux.

      Symbolise bien pour qui ? Ca ne symbolise pas une société avancée pour moi. Toute cette population entassée dans des immeubles, toutes ces (fausses) interactions sociales dans les rues (tout le monde se croise, personne ne se connaît), toute cette violence quotidienne, tous ces mouvements de foules désordonnés.

      Tout d’abord, vous commettez l’erreur d’être enchaîné au concret à un point tel que vous n’avez pas compris ce que je vous ai dit, à savoir qu’à travers l’image de la ville de New York, je symbolisais (entre autres) les États-Unis en général, qui sont constituées de grandes villes… et aussi de petites villes, de villages, de campagne… cela pour vous dire que ce n’est même pas le sujet.

      Mais restons sur la ville de New York, car votre commentaire est tout de même très révélateur de beaucoup de choses.

      Très simplement, une grande ville avec des grands buildings modernes n’est possible que grâce à un certain niveau de prospérité, d’accroissement de population, de technique et de technologie (avec dans chaque domaine des stades inévitables : les stades ultérieurs ont besoin de s’appuyer sur des stades antérieurs dans une succession hiérarchique progressive, car on ne peut faire ça du jour au lendemain). Donc on sait que cela implique le fait que l’homme s’est arraché du dénuement primitif d’où il vient et est passé par divers stades de progrès économiques, techniques et technologiques, ce qui n’est possible que grâce à sa faculté de raison. Ainsi, à tous les niveaux (ne serait-ce que visuellement parce qu’on parle ici d’une image) cela représente un contraste fort, peut-être le plus fort possible aujourd’hui, avec la caverne préhistorique et le dénuement primitif d’où vient l’humanité. Et on sait par ailleurs qu’à New York, ce développement ne s’est pas fait dans un contexte de contrainte ou de dictature comme cela pourrait être le cas à Dubaï par exemple ou ailleurs. En ce sens, cela symbolise objectivement une société avancée, qu’on le veuille ou non, et n’importe qui est capable de le comprendre. Cela ne veut aucunement dire que la vie dans une grande mégalopole pleine de gratte-ciels telle que New York est la meilleure pour tout le monde. On peut ne pas aimer la foule, la promiscuité (avec tout ce que cela implique) et les gratte-ciels mais cela ne change pas le fait que la ville de New York représente une civilisation avancée.

      Or vous faites une confusion entre « civilisation avancée » et « l’endroit idéal pour vivre pour tout le monde » parce que vous semblez être dans le subjectivisme et l’émotionnalisme. Et le cas échéant ce serait de cette erreur philosophique qu’il faudrait discuter, donc, une fois encore, revenir la philosophie abstraite. Ainsi vous dites « entassée dans des immeubles » en incorporant un verbe péjoratif convoquant une réaction émotionnelle prise pour acquise, au lieu de décrire objectivement un fait. (Vous faites pareil lorsque vous attribuez à Yaron Brook des mots qu’il n’a jamais dit, ce que vous avez fait à plusieurs reprises.) Cela ressemble à du subjectivisme. Le fait est simplement qu’au cœur de ce type de ville, les gens vivent dans des immeubles, donc à une certaine proximité les uns des autres, or il y a des gens qui recherchent cela et dont la vie s’épanouit ainsi, d’autres non, voilà tout. Mais encore une fois cela ne change pas ce que j’ai dit plus haut sur la civilisation avancée. De même, vous parlez du fait que « les gens se croisent mais personne ne se connaît », mais vous n’expliquez ni en quoi c’est un problème pour l’humanité (vous semblez prendre votre réaction émotionnelle comme donnée et acquise, comme si l’émotion était un outil cognitif), ni en quoi cela contredit le fait que la ville de New York représente une civilisation avancée. Je ne vois pas d’analyse ou d’argument rationnel, cela ressemble à un chaos d’associations émotionnelles. L’expression « mouvements de foules désordonnés » ressemble d’ailleurs aussi à un chaos d’association émotionnelles désordonnées. Pourquoi voudriez-vous des mouvements de foules « ordonnés » ? Préféreriez-vous des défilés militaires dans les rues ?

      Enfin lorsque vous parlez des violences, si l’on compare à des villes comparables, la ville de New York fait partie des plus sûres du monde, mais ce n’est même pas le plus important. Il est bien évident que toute choses égales par ailleurs, dans une grande ville de cette dimension, il y a davantage de violence que dans les endroits moins peuplés, mais cela n’a aucun rapport avec un problème de civilisation plus ou moins avancée, c’est un problème simplement arithmétique. Plus vous avez d’individus à proximité dans un endroit donné, plus vous avez statistiquement d’opportunité qu’il y ait un criminel et qu’il en profite. De la même manière, durant la coupure d’électricité de New York en 1977, pour des raisons tout aussi arithmétiques, vous avez certainement eu beaucoup plus de gens qui ont sortis les bougies et joué au cartes que dans n’importe quelle campagne subissant une coupure d’électricité. Encore pour des raisons arithmétiques, durant l’ère préhistorique, comme il y avait beaucoup moins d’être humains sur Terre, il y avait statistiquement moins d’agressions entre être humains qu’aujourd’hui sur un même laps de temps. En déduisez-vous que l’ère préhistorique est une civilisation plus avancée sur une telle base ?

      Il y a clairement un manque d’abstraction de votre part, car voir l’avancement d’une civilisation uniquement par le biais de cet indicateur en l’isolant de son contexte n’a pas de sens. Qu’il y ait plus de violence à un moment donné dans une situation donnée par rapport à une autre n’est pas pertinent si l’on omet le contexte (c’est ce qu’Ayn Rand appelait le sophisme du context-dropping) et les causes : il faut voir la raison pour laquelle il y a plus ou moins de violence. Il y a peut-être plus d’agressions à New York qu’à Pyongyang, parce que dans cette dernière ville, l’intégralité de la population vit dans la peur du système totalitaire. Si vous avez moins de violence dans une situation, mais que c’est pour une mauvaise raison ou une raison qui n’est pas pertinente (et dans la campagne la raison est souvent arithmétique et pratique, aucun rapport avec l’avancement de la civilisation) alors l’argument est mauvais ou n’est pas pertinent. Car vous semblez suggérer que ce sont des mentalités différentes, comme s’il y avait deux races d’être humains à la mentalité intrinsèquement différentes : les ruraux, intrinsèquement bons, et les citadins, intrinsèquement mauvais. Or la différence de mentalité est entre les rationnels et irrationnels, c’est la rationalité qui permet aux villes modernes d’exister et c’est l’irrationalité qui génère les criminels.

      En plus de la question arithmétique, la philosophie qui prédomine joue également sur le taux de criminalité dans une zone géographique donnée : vous pouvez être plus en sécurité dans certaines mégalopoles, comme Tokyo par exemple, que dans certaines campagnes sud-américaine ou africaines par exemple, ou dans d’autres régions du monde ou à d’autres époques, car on peut comparer aussi bien dans l’espace que dans le temps. Si une philosophie subjectiviste prédomine, vous aurez logiquement plus de violence. Cela dépend également des contingences politiques : New York fut autrefois une ville qui connaissait plus de violence qu’elle n’en connaît aujourd’hui et certaines politiques l’ont endigué. Ces autres facteurs impliqués sont des exemples supplémentaires pour vous dire que pour porter des jugements corrects sur des situations données il faut avoir une compréhension causale de la situation (c’est l’un des enseignements de l’Objectivisme, hérité d’Aristote), or c’est précisément ce qui fait défaut à l’empirisme et à la mentalité enchaînée au concret. On revient toujours à la philosophie abstraite, car il n’y a pas de jugement qui puisse s’en détacher.

      La question importante que vous devriez-vous poser est la suivante : Est-ce que les criminels de cette ville, ou les gens qui pillent et incendient sont les mêmes personnes que ceux qui ont fait advenir cette civilisation, ou plus exactement, est-ce que la mentalité qui les animent est la même que la mentalité qui animaient ceux qui ont rendu cette ville possible ?

      Bien sûr, en-dehors de quelques marginaux, ceux qui vivent en « autonomie » à la campagne profite de la société moderne (outils énergétiques, purificateurs d’eau, voitures, etc.)

      Même les « marginaux » qui vivent en pseudo-« autonomie » dépendent aussi totalement de la société moderne, ils ne pourraient même pas porter le moindre vêtement sans elle. Seules les vraies sociétés primitives dans la jungle isolées, vivant sur un mode quasi-préhistorique, n’en dépendent pas. (Comme par exemple les sauvages de l’île de North Sentinel.)

      Je retourne la question, mais est-ce que le mode de vie à New York (…) est plus favorable à la vie humaine qu’un mode de vie de tribal où personne ne va s’entretuer parce-que l’électricité a été coupé.

      La réponse est évidemment oui. La différence c’est que dans le mode de vie tribal, ils n’ont pas besoin de la coupure d’électricité pour s’entretuer. De surcroît dans un mode de vie tribal, on peut mourir (et on meurt effectivement) d’une maladie banale que la civilisation moderne soigne aisément grâce à ses hôpitaux et son électricité, ou on peut mourir des hasards d’une intempérie météorologique, comme au Moyen Âge. Les sociétés modernes et civilisés ont une plus grande espérance de vie, nourrissent plus de monde ont un taux de mortinatalité beaucoup plus bas que n’importe quelle société tribale. Je n’énonce là des banalités. Vous utilisez vos exemples à contre-emploi car l’électricité ou l’eau courantes sont des éléments de la civilisation moderne. Donc une coupure d’électricité ou une coupure d’eau c’est la perte, à un moment donné, d’un élément de civilisation. Ainsi, dans une société civilisé moderne, ce genre d’événement est un pas en arrière qui nous rapproche un petit peu du tribalisme, donc c’est en quelque sorte un révélateur de ce qu’est le tribalisme. C’est comme si vous me demandiez : « La civilisation moderne est-elle bonne lorsqu’il n’y a plus de civilisation moderne ? » La coupure d’électricité n’est pas un phénomène qui caractérise New York, c’est plutôt ce qui caractérise une ville comme Pyongyang par exemple.

      Ayn Rand, dans son roman Atlas Shrugged met en scène des situations de crises (type coupure d’électricité et autres…) qui peuvent avoir lieu dans des grandes villes et en quoi cela révèle l’irrationalité de certaines personnes. Elle montre que la civilisation s’effondre lorsque la rationalité disparaît. Ce que l’Objectivisme enseigne, c’est que la vie de l’être humain dépend, non pas directement de la civilisation moderne, mais de sa faculté de raison, autrement dit de son ingéniosité pour résoudre des problèmes en adaptant son environnement à lui. La nature sauvage étant hostile à la vie humaine, l’homme ne peut survivre qu’en altérant la nature pour l’adapter à sa vie. La civilisation moderne est la concrétisation de cette adaptation et c’est la faculté humaine de raison qui l’a fait advenir. Cela ne veut pas dire que la civilisation moderne est parfaite et qu’il n’y a jamais de problèmes ou défaillances dans le cadre celle-ci, ni que ces éventuels problèmes révèlent une dépendance de certains humains vis-à-vis de cette civilisation moderne, cela veut dire que lorsqu’il y a des problèmes, comme une coupure d’eau ou d’électricité, l’être humain pour continuer à vivre, doit continuer à se servir de sa faculté de raison pour essayer de faire en sorte que cela arrive moins ou que cela n’arrive plus, et trouver des solutions pour les cas où cela arrive quand même. Et donc améliorer continuellement cette civilisation moderne, c’est-à-dire progresser. Tant qu’il y a des problèmes à résoudre, il y a des progrès à faire. C’est le sens légitime du mot « progrès » et c’est en ce sens que l’on dit d’une société qu’elle est « avancée ». L’avenir que voit le ARI c’est évidemment le progrès humain, et non la stagnation, le retour au Moyen Âge ou à la préhistoire. L’alternative à la résolution de problème consiste à ne pas les résoudre, donc à rejeter la civilisation moderne, à revenir à l’ère préhistorique et à la barbarie, où il n’y a fondamentalement rien d’autre que des problèmes irrésolus, et où dans le meilleur des cas, on ne vit pas, on évite juste de mourir, si on y arrive.

      C’est tout le problème de ce mode de vie dit « moderne et civilisé », l’homme n’a plus aucune indépendance. Au moindre problème, il meurt.

      Je ne sais pas de quoi vous parlez. Les coupures d’électricité ou coupures d’eau sont des événements qui ne sont pas la norme, mais peuvent parfois arriver en ville, et les gens n’en meurent pas.

      La question de l’indépendance est une question de rationalité. L’indépendance, ce n’est pas s’abstenir de s’appuyer sur des outils qui facilitent les moyens d’atteindre nos objectifs sous prétexte que ces outils peuvent faillir ; l’indépendance c’est le fait d’accepter la responsabilité de former ses propres jugements et vivre grâce au travail de son propre esprit. Dans un mode de vie tribal, l’indépendance n’existe pas par définition, puisque le principe est de dépendre de la tribu. Et de fait on meurt plus tôt et plus facilement, parce que ce mode de vie ne permet pas à la rationalité (attribut de l’esprit individuel) de se développer, donc on stagne à tous les niveaux. (Je vous conseille de lire la nouvelle d’Ayn Rand intitulée Anthem, ainsi que « The Divine Right of Stagnation » dans The Virtue of Selfishness.)

      Au sens où vous entendez le mot « indépendant », la civilisation moderne est « dépendante » d’Internet, des ordinateurs (vous vous en servez pourtant), mais également : de la construction d’habitations, de la production de vêtements et de nourriture, et cela est valable de toute société humaine. Mais ce n’est pas tout : nos sociétés sont même « dépendantes » de l’écriture. Allons plus loin : tout être humain est « dépendant » du langage.

      Toutes ces choses sont des produits de la faculté humaine de raison. En d’autre termes, la vie de l’être humain est « dépendante » de sa faculté de raison. On en revient à l’un des principes majeurs de l’Objectivisme : La raison est le moyen fondamental de survie de l’être humain. Or si on analyse rationnellement ce que vous dites (en faisant fonctionner sa faculté d’abstraction), la conséquence logique, c’est que l’homme doit se débarrasser de sa raison pour se débarrasser de cette « dépendance ». Mais ce faisant, il se débarrasse aussi de sa vie. C’est pourquoi la mort serait la seule forme d’« indépendance » au sens où vous l’entendez.

      Le philosophe qui a tenté de mettre en pratique de façon cohérente votre vision de l’« indépendance » en se rapprochant autant que possible de l’animalité est Diogène de Sinope. Il n’a pas vécu très longtemps.

      Le nomade, lui, peut faire ses besoins où il le souhaite, et le campagnard peut très bien survivre très longtemps avec une coupure d’eau, s’il est préparé, et mettre ses déjections au fond du jardin. Le dernier des humains vivant dans la forêt pourra faire ses besoins n’importe où.

      L’homme préhistorique aussi peut faire ses besoin « où il veut », cela ne veut pas dire que la vie préhistorique était plus favorable à la vie humaine. (Diogène aussi faisait ses besoins n’importe où.) Pouvoir faire ses besoins n’importe où n’est pas une avancée en soi, une fois encore il faut voir le contexte et la cause pour laquelle cela se passe ainsi. L’homme préhistorique était certainement plus capable de survivre dans la jungle sauvage que la plupart des hommes modernes. Cela implique t-il que la vie préhistorique est plus favorable à la vie humaine ? Non, parce que vivre dans la jungle sauvage, dès le départ, n’est pas une condition favorable à la vie humaine.

      En plus d’omettre le contexte et les causes, votre raisonnement s’appuie sur un sophisme qui consiste à prendre la défaillance pour norme (ce qui repose sur une vision cauchemardesque de l’existence fondée sur la peur, que l’Objectivisme considère comme fausse et qui confond « vivre » avec « éviter la mort »). Vos exemples des coupures d’eau ou d’électricité sont de mauvais exemples car on en meurt pas, mais vous auriez pu prendre n’importe quel élément technologique ou de progrès humain, qui suite à une défaillance peut effectivement tuer quelqu’un. Lorsque l’homme va sur la lune ou dans une station spatiale, les défaillances technologiques sont beaucoup plus dangereuses que sur Terre et cela n’enlève rien au fait que le voyage spatial représente une avancée et un progrès pour la vie humaine si on sait le contextualiser. Tout élément de progrès humain peut potentiellement faillir, que l’on vive en ville ou à la campagne. La maison d’une personne vivant à la campagne peut s’écrouler, on peut avoir un accident de voiture à la campagne (c’est bien plus courant qu’en ville), les engins agricoles et tracteurs peuvent tuer des gens, on peut mourir en tombant de cheval, on peut même mourir écrasé par un ballotin de paille, on peut avoir un accident de parapente… tout comme on peut se couper avec un couteau. Les être humains adoptent le progrès, non pas parce qu’il ne représente aucun risque, mais parce que le ratio bénéfices-risques est largement en faveur des bénéfices. D’autre part vous biaisez ouvertement votre présentation en disant que le « campagnard » peut survivre à une intempérie « s’il est bien préparé » mais cela est valable pour toute situation, que ce soit en ville ou à la campagne : si on est bien préparé aux défaillances inattendues, on y survit.

      Mais surtout, vous avez dit une phrase très éloquente : « Le dernier des humains vivant dans la forêt pourra faire ses besoins n’importe où. » Cette phrase montre que, contrairement à « l’entre-deux » dont vous parliez (qui n’a aucune justification du reste), vous préconisez en fait la régression intégrale, et que si vous êtes cohérent du moins, vous nous ramenez à la préhistoire. Parce qu’en effet, toute avancée technologique, tout progrès humain quel qu’il soit, le moindre outil qui l’éloigne de l’animalité (ne serait-ce qu’un caillou taillé ou un système pour faire du feu) sur lequel l’homme s’appuie pour améliorer sa vie peut lui poser un problème lorsque cet outil, ce progrès, faillit. Et au lieu de voir ces défaillances comme de nouveaux problèmes à résoudre pour continuer à faire progresser l’humanité, vous les prenez comme des normes insolubles de la civilisation (!), qu’il faudrait donc éviter et fuir à tout prix. Or la vie est un processus continu de problèmes à résoudre et de nouveaux défis à relever. C’est pour ça que je disais qu’au sens où vous l’entendez, seule la mort serait une façon d’être « indépendant », et c’est bien vers la mort que ce discours entraîne.

      Je vais reprendre Yaron Brook, mon cobaye, je suis persuadé que ce monsieur serait opposé à l’utilisation de toilettes sèches parce-que ce serait considéré comme « arriéré » (pourtant, ça a des avantages : tu es indépendant dans ton système de toilettes, c’est toi qui l’a construit, tu peux donc le réparer quand et comme tu veux, tu as ton propre système de recyclage, tu ne dépends pas d’une fosse ou d’un tout-à-l’égout pour évacuer tes déchets, au niveau écologique, c’est tout gagnant, ça n’utilise pas d’eau potable et ça s’utilise, si bien recyclé, dans le jardin).

      Je ne pense pas qu’il y serait opposé : je pense qu’il y serait indifférent. Il convient de préciser que l’Objectivisme n’est, sur le plan des droits, opposé à aucun mode de vie tant qu’il respecte les droits de chacun. Vous faites ce que vous voulez avec ce qui vous appartient. Si des gens préfèrent utiliser des toilettes sèches, c’est leur problème. Ce à quoi l’Objectivisme serait opposé, c’est à une politique qui imposerait n’importe quel système de toilettes que ce soit. Mais vous pourriez poser directement la question à Yaron Brook.

      Maintenant, est-ce qu’un système de toilettes sèche est nécessairement meilleur qu’un système classique ? Je n’ai pas assez expérimenté les toilettes sèches pour me faire un avis définitif, pour ce que j’en sais c’est plus contraignant (s’il faut nécessairement le construire soi-même, cela peut être un problème, s’il faut avoir un jardin, ça n’est pas pour tout le monde), et les avantages que vous évoquez ne sont pas convaincants : en quoi avoir son propre système de recyclage, ne pas dépendre d’une fosse ou ne pas utiliser d’eau potable sont de bonnes choses ? Cela nous ramène encore à la philosophie abstraite : qu’est-ce que le bon ? Si vous ignorez ce que l’Objectivisme dit là dessus, cette discussion n’a pas de sens. Vous devez savoir que l’Objectivisme est à l’opposé des normes morales conventionnelles, surtout celles qui sont à la mode en ce moment et que vous semblez prendre comme allant de soi.

      Je suis convaincu que ce qui s’approche le plus du mode de vie favorable à la survie de l’espèce humaine, c’est une sorte d’entre-deux. Je rejette le mode de vie tribaliste et cannibale, tout autant que le mode de vie des citadins (qui mourra entouré de ses déjections. Je caricature, mais l’être humain a besoin d’un espace vital). Utiliser les outils du monde moderne tout en vivant de manière modeste, et ça, en terme d’exemples, je ne le vois pas beaucoup dans les propos du ARI, au contraire (et le fait d’être universitaire ou intellectuel n’empêche pas de vivre en yourte et de purifier son eau de pluie pour boire).

      Comme je vous l’ai démontré plus haut, les arguments spécifiques que vous utilisez contre la ville impliquent logiquement le mode de vie tribal et cannibale (et même pire que ça) comme alternative.

      Ensuite lorsque vous dites que le mode de vie des citadins « mourra entouré de ses déjections », cette erreur ressemble fortement à l’absurde mentalité de ces socialistes et marxistes qui ont une vision totalement fixistes des choses, ne comprenant rien à l’économie, pensent que les choses sont statiques, vont toujours rester exactement telles quelles sont aujourd’hui mais que seules les quantités vont changer avec le temps. Autrement dit ils ignorent ce que signifie la notion de « progrès » dont je parlait plus haut, qui est une adaptation continue, une résolution de problèmes continue et toujours de nouveaux défis à relever, impliquant la rationalité. C’est sur la base de cette même erreur qu’on a pensé au dix-neuvième siècle que comme l’augmentation de la population était plus rapide à ce moment là que l’augmentation de la production de nourriture, il y aurait d’immenses famines liées à cela, alors que c’est le phénomène contraire qui s’est produit : on a mieux nourrit encore plus de gens. On s’est trompé parce qu’on a fait comme si le progrès et l’innovation n’existaient pas, on n’avait pas encore compris que le moyen fondamental de survie de l’être humain, c’est sa faculté de raison, son esprit.

      Lorsque vous dites que l’« être humain a besoin d’un espace vital », au sens où vous l’entendez cela peut être vrai de certains humains, mais pas de tous, puisqu’à nouveau, beaucoup préfèrent vivre en ville à proximité les uns des autres et s’épanouissent ainsi. Une fois encore, je ne dis pas que la vie citadine est la meilleure pour tout le monde, je ne suis certainement pas là pour défendre la vie citadine en tant que telle par rapport à la vie rurale, l’Objectivisme ne préconise nullement l’une par rapport à l’autre (Ayn Rand a d’ailleurs vécu une bonne partie de sa vie dans un ranch entouré de plantes et d’animaux avant d’être en appartement à New York). Les conférences du ARI ne préconisent jamais l’une par rapport à l’autre, donc je ne sais même pas de quoi vous me parlez. Et pourquoi le ARI prendrait un exemple aussi rare et inhabituel que quelqu’un qui vit en yourte pour illustrer les principes abstraits de l’Objectivisme qui n’ont strictement aucun rapport avec un tel sujet ? Cela n’a aucun sens. Si vous préférez la vie rurale à la vie citadine, tant mieux pour vous, mais j’ai envie de vous dire (pardonnez moi) que l’on s’en moque et je me demande ce que cela vient faire dans une discussion sur l’Objectivisme. Je le répète, il faut que vous compreniez que l’Objectivisme est une philosophie et ne traite pas de problèmes aussi concrets, mais de principes abstraits, qui peuvent se décliner concrètement de diverses manières. Si vous voulez comprendre ce que dit l’Objectivisme, il faut faire fonctionner votre faculté d’abstraction.

      Je ne parlais pas de la philosophie d’Ayn Rand, mais de la sociologie des objectivistes

      Pardonnez moi à nouveau mais j’ai envie de vous dire : on s’en moque complètement de la sociologie des Objectivistes. Ce qui compte pour une philosophie, ce sont les idées. Encore une fois, même si à un moment donné 100 % des Objectivistes ressemblaient à Yaron Brook (ce n’est pas le cas), vivaient en ville et prenaient des exemples qui ne vous ressemblent pas, que cela peut-il faire ? Vous n’êtes pas obligé de fréquenter ces gens là ou d’avoir leurs goûts pour reconnaître la véracité ou la fausseté d’idées en elles-mêmes abstraites, telles que la valeur cardinale de la raison. Une philosophie n’est pas un club de rencontre ou un moyen de se faire des amis…

      Vous disiez au début : « Je ne parlais pas de la philosophie objectiviste, mais de ceux qui s’en revendiquaient. » or la question qui vous intéressait au départ était : « Faut-il aimer les gratte-ciels pour être Objectiviste ? ». Un Objectiviste, par définition, est quelqu’un qui accepte et pratique la philosophie Objectiviste, le reste, c’est-à-dire que le fait que, à un moment donné (ça peut changer dans le temps), parmi ces gens là il y ait plus de bruns que de blonds, plus de gens qui portent des lunettes que de gens qui n’en portent etc, plus de gens qui préfèrent la vanille que le chocolat, ce sont des contingences aléatoires sans rapport avec la philosophie en tant que telle et qui peuvent généralement s’expliquer par d’autres facteurs. Si par exemple, parmi les intellectuels en général (Objectivistes ou non) on retrouve un certain type de profil, il peut y avoir plus de chance que vous le retrouviez parmi les intellectuels Objectivistes aussi.

      Ce blog concerne l’Objectivisme, la philosophie d’Ayn Rand, donc tout argumentum ad personam n’a pas sa place ici. Si tant est même que ce genre de considération ait sa place où que ce soit. Ce sont surtout les marxistes qui mélangent l’ad personam dans leur philosophie en expliquant que les idées ne sont que les reflets des intérêts de classe. Je vous confirme que l’Objectivisme n’est pas le marxisme.

      C’est un entrepreneur israélien (pays du désert moyen-oriental) et américain, qui crache sur ces saletés de pays enneigés du nord, vantant le climat méditerranéen des villes surpeuplés de Californie.

      Ce que moi je trouve intéressant, c’est le fait que vous soyez obligé de transformer complètement ses propos (on est au-delà de la caricature, c’est presque du procès d’intention) et de lui prêter des choses qu’il n’a jamais prononcé ni de près ni de loin pour vous en prendre ce qu’il dit. Dire qu’il « crache sur ces saletés de pays enneigés du nord » juste parce qu’il a dit, je cite : « Je ne sais pas comment [la Scandinavie] pourrait être le meilleur endroit pour vivre dans le monde. Savez-vous à quel point il y fait froid en hiver ? », non seulement n’est pas objectif, mais frise la malhonnêteté intellectuelle. Il exprime simplement le fait qu’il préfère les climats méditerranéens (dans lequel il a grandi) aux climats froids. Pour un autre Objectiviste, ça peut être l’inverse. Et alors ?

      Yaron Brook n’a jamais parlé non plus des « villes surpeuplés de Californie », c’est vous qui avez inventé cela, il a seulement évoqué le Sud de la Californie, et vous décidez sans raison de vous focaliser uniquement sur les villes à forte densité de population, alors qu’il n’y a pas que des villes en Californie, et certainement pas que des villes à forte densité de population. Je vous rappelle qu’Ayn Rand elle-même vivait à la campagne lorsqu’elle habitait en Californie et que c’est un état qui fait environ les deux tiers de la France en superficie.

      Par ce qui ressemble fort à du subjectivisme et de l’émotionnalisme, vous extrapolez à partir de cette déclaration des idées sans rapport avec les propos effectivement tenus. Vous semblez être guidé par vos émotions au lieu d’être guidé par la réalité.

      Soit dit en passant, je ne sais pas si vous êtes déjà allé aux États-Unis, mais vous qui parliez d’« espace vital » si vous comparez la plupart des villes américaines (même certaines grandes villes), y compris californiennes, par rapport aux villes françaises, vous remarquerez qu’on y est beaucoup beaucoup moins à l’étroit que dans la grande majorité des villes françaises et que la notion d’« espace vital » y prend justement tout son sens tant vous avez de la place presque partout.

      Ce qu’il n’a pas l’air de comprendre, c’est que certains populations sont plus heureuses dans des pays où on paye plus d’impôts, mais où on ne risque pas de se faire fusiller en pleine rue (je ne suis pas anti-armes, bien au contraire, c’est une image pour imager le taux de délinquance et de criminalité en Californie, contrairement à des pays comme la Finlande ou la Norvège).

      C’est simplement que vous êtes hors-sujet et ne comprenez pas (ou ne voulez pas comprendre) ce qu’il dit. Yaron Brook ne remet pas en cause le fait que ces pays s’en sortent plus ou moins bien. Ce qu’il dit fondamentalement, c’est que ces pays sont moins différents des États-Unis que certains le disent sur le plan de la réglementation étatique et que si ces pays s’en sortent, ce n’est que dans la mesure de leur absence de réglementation étatiques (analyse causale) où sur certains points, ces pays sont moins réglementés que les États-Unis. Et comme il l’a précisé il parle des indicateurs économiques parce que l’exemple de la Scandinavie est surtout utilisé dans les débats économiques, donc c’est là dessus, sur l’économie, qu’il répond. La criminalité est un sujet différent.

      Et même là encore une fois il faut tenir compte du contexte et de la cause. Reprenez le raisonnement que je vous ai fait plus haut sur les violences à New York et servez-vous de votre faculté d’abstraction : ce n’est pas parce qu’il y a moins de crime dans la situation A que dans la situation B que la situation A est nécessairement meilleure en tout point. Mon propos n’est absolument pas de dire qu’on est nécessairement plus heureux en Californie qu’en Scandinavie ou l’inverse, et ce n’est pas ce que dit Yaron Brook non plus (la philosophie Objectiviste ne présente certainement pas la Californie actuelle, qui est majoritairement collectiviste, comme une société idéale), mais simplement de vous montrer ce qui, sur le plan psycho-épistémologique, ne va pas avec votre façon de penser et comprendre le sujet.

      Et là encore, une fois de plus, cela nous renvoie à la philosophie abstraite. Si vous ne connaissez ni ne comprenez la philosophie Objectiviste en tant que théorie abstraite, vous ne pouvez pas comprendre des aspects qui en dérivent. Parce que la connaissance a une structure hiérarchique. Et en disant cela, j’énonce encore un point de la philosophie Objectiviste (qui fait défaut à l’empirisme). Par exemple l’éthique et la politique dérivent de la métaphysique et de l’épistémologie. On ne peut comprendre l’éthique et la politique Objectiviste sans comprendre sa métaphysique et son épistémologie.

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  5. Par ailleurs, lorsque vous dites qu’un lecteur ne peut être touché que par des personnages qui lui ressemblent, ce qui est encore un autre sujet, je conteste totalement cette affirmation. Cela n’est vrai que de lecteurs jeunes (ou immatures) ou à la mentalité enchaînée au concret, incapables de faire fonctionner leur esprit et de voir les principes abstraits derrière des incarnations concrètes.

    Oui, mais la réflexion autour d’une œuvre s’arrête là pour beaucoup de gens. Et sans forcément être touché par une personne qui lui ressemble, beaucoup de personnes sont aussi beaucoup plus sujettes à être touchées par des choses qui leur évoque leur propre vie, ce qui est logique, on est tous issu d’un certain milieu, d’une certaine éducation, etc.

    De même, vous parlez du fait que « les gens se croisent mais personne ne se connaît », mais vous n’expliquez ni en quoi c’est un problème pour l’humanité (vous semblez prendre votre réaction émotionnelle comme donnée et acquise, comme si l’émotion était un outil cognitif), ni en quoi cela contredit le fait que la ville de New York représente une civilisation avancée.

    Parce-que l’être humain a peur de l’étranger, tout simplement. N’êtes-vous pas plus en sécurité et en paix avec des gens que vous connaissez et avec lesquels vous avez une entière confiance ? Je ne tournerai pas le dos à n’importe qui, je ne pourrai pas dormir dans le même lit qu’un inconnu.
    Dans les rues surpeuplés, il y a tellement de mouvements de foules que c’est une véritable impossibilité de voir le danger, il y a de potentiels ennemis partout. Vous laisseriez vos enfants à des étrangers, des inconnus, vous ?
    Donc oui, le fait que personne ne se connaisse pose un véritable problème de société. Si personne ne se connaît, la confiance entre les citoyens s’écroule.

    De la même manière, durant la coupure d’électricité de New York en 1977, pour des raisons tout aussi arithmétiques, vous avez certainement eu beaucoup plus de gens qui ont sortis les bougies et joué au cartes que dans n’importe quelle campagne subissant une coupure d’électricité.

    Proportionnellement, oui. Mais ce n’était pas mon propos. En campagne, personne n’a pillé son voisin pour une coupure d’électricité.
    Ces phénomènes de peur des foules sont définitivement des problèmes de citadins. Dans les villages où tout le monde se connaît, il n’y a aucun risque. Il n’y a même pas de patrouille de police ou de gendarmes. Jamais possibilité de me balader en ville sans croiser des voitures de police partout.

    Encore pour des raisons arithmétiques, durant l’ère préhistorique, comme il y avait beaucoup moins d’être humains sur Terre, il y avait statistiquement moins d’agressions entre être humains qu’aujourd’hui sur un même laps de temps. En déduisez-vous que l’ère préhistorique est une civilisation plus avancée sur une telle base ?

    Vous comparez deux époques. Je vous parle d’une même période. Aujourd’hui, entre l’habitant de Paris et l’habitant d’un village de la Creuse, il y a un fossé lors de la « rupture de la norme ». Encore une fois, prenons l’exemple du confinement, où y a-t-il eu des émeutes ?

    Il y a clairement un manque d’abstraction de votre part, car voir l’avancement d’une civilisation uniquement par le biais de cet indicateur en l’isolant de son contexte n’a pas de sens. Qu’il y ait plus de violence à un moment donné dans une situation donnée par rapport à une autre n’est pas pertinent si l’on omet le contexte (c’est ce qu’Ayn Rand appelait le sophisme du context-dropping) et les causes : il faut voir la raison pour laquelle il y a plus ou moins de violence. Il y a peut-être plus d’agressions à New York qu’à Pyongyang, parce que dans cette dernière ville, l’intégralité de la population vit dans la peur du système totalitaire

    Bien sûr, c’est pour ça que je compare deux cadres dans le même pays, à la même époque.

    La question importante que vous devriez-vous poser est la suivante : Est-ce que les criminels de cette ville, ou les gens qui pillent et incendient sont les mêmes personnes que ceux qui ont fait advenir cette civilisation, ou plus exactement, est-ce que la mentalité qui les animent est la même que la mentalité qui animaient ceux qui ont rendu cette ville possible ?

    Évidemment que non, ce ne sont pas les mêmes personnes, et donc ?

    Donc une coupure d’électricité ou une coupure d’eau c’est la perte, à un moment donné, d’un élément de civilisation. Ainsi, dans une société civilisé moderne, ce genre d’événement est un pas en arrière qui nous rapproche un petit peu du tribalisme, donc c’est en quelque sorte un révélateur de ce qu’est le tribalisme.

    Oui, et selon ton cadre de vie, tu as le choix entre joué à la belote ou te faire caillasser ton commerce.

    Pourquoi voudriez-vous des mouvements de foules « ordonnés » ? Préféreriez-vous des défilés militaires dans les rues ?

    Pourquoi ? Parce-que l’ordre est une preuve de bon fonctionnement d’une société. Comparez le métro de Tokyo et de Paris, exemple flagrant d’une différence entre une foule plus ordonné qu’une autre.
    Regardez la saleté des rues à Paris. Les gens se respectent tellement peu qu’ils vivent dans leur propre crasse. Regardez les fraudes, les gens qui klaxonnent dans les rues pour des raisons absurdes, ceux qui fraudent, ceux qui volent aux distributeurs automatiques lorsque quelqu’un sort de l’argent liquide, les émeutes, les violences, etc.
    Oui, effectivement, je préfère que les foules soient ordonnés, respectueuses, qu’elles ne jettent pas leurs déchets par terre, qu’elles ne s’entre-tuent pas.
    Cette utilisation du mot « ordonné » été choisi délibérément. Anecdote récente : « une connaissance aide une grand-mère à descendre ses bagages dans le train, une seconde d’inattention et son sac contenant papiers personnels et ordinateur ont été volés », c’est quotidien. Ce sont des lieux de vie complètement névrosés. C’est simple, lorsque les foules sont ordonnés, lorsque quelqu’un tombe, on le rattrape, on ne lui vole pas ses biens.

    Mais surtout, vous avez dit une phrase très éloquente : « Le dernier des humains vivant dans la forêt pourra faire ses besoins n’importe où. » Cette phrase montre que, contrairement à « l’entre-deux » dont vous parliez (qui n’a aucune justification du reste), vous préconisez en fait la régression intégrale, et que si vous êtes cohérent du moins, vous nous ramenez à la préhistoire.

    Pas du tout. Ce que je dis, c’est que même dans le mode de vie le plus primitif, ce problème de selles est facilement réglé, et qu’en adoptant le mode de vie citadin d’appartement dans le monde moderne, dans la société civilisé, l’humain devra vivre dans son caca et n’aura pas d’autres moyens de faire caca ailleurs (ou alors dans son parc artificiel crée en bas de chez lui).

    Parce qu’en effet, toute avancée technologique, tout progrès humain quel qu’il soit, le moindre outil qui l’éloigne de l’animalité (ne serait-ce qu’un caillou taillé ou un système pour faire du feu) sur lequel l’homme s’appuie pour améliorer sa vie peut lui poser un problème lorsque cet outil, ce progrès, faillit. Et au lieu de voir ces défaillances comme de nouveaux problèmes à résoudre pour continuer à faire progresser l’humanité, vous les prenez comme des normes insolubles de la civilisation (!), qu’il faudrait donc éviter et fuir à tout prix. Or la vie est un processus continu de problèmes à résoudre et de nouveaux défis à relever. C’est pour ça que je disais qu’au sens où vous l’entendez, seule la mort serait une façon d’être « indépendant », et c’est bien vers la mort que ce discours entraîne.

    Bien sûr. Je souhaite le progrès technologique, médical, spatial, etc. Mais en l’occurrence, je ne me mets pas à piller mes voisins lorsqu’il y a une coupure d’électricité. Et il n’y a pas d’émeutes en campagne lors de ces problèmes-là. Le problème est qu’à la moindre défaillance, des gens stupides commencent à piller des commerces et à brûler des voitures, ou à faire des stocks de papier toilette.

    en quoi avoir son propre système de recyclage, ne pas dépendre d’une fosse ou ne pas utiliser d’eau potable sont de bonnes choses ? Cela nous ramène encore à la philosophie abstraite : qu’est-ce que le bon ? Si vous ignorez ce que l’Objectivisme dit là dessus, cette discussion n’a pas de sens. Vous devez savoir que l’Objectivisme est à l’opposé des normes morales conventionnelles, surtout celles qui sont à la mode en ce moment et que vous semblez prendre comme allant de soi.

    Etre le plus autonome possible. S’il y a un problème d’égout, je suis dans le caca (littéralement), la fosse septique idem (sa construction coûte de l’argent, sa vidange aussi).

    Je suis probablement très primitif, mais si une partie de mon alimentation ne dépend pas des transports routiers, des commerces ou de je ne sais quel biais, mais qu’il se trouve à cinq pas de ma maison, dans mon jardin, si mon moyen d’évacuer mes déchets corporels ne dépend que de ma propre force de travail, sans besoin de plombier ou de système d’égout communal ou que sais-je encore, si mon eau ne dépend pas d’entreprises pour être rendues potables et mises en bouteilles et distribuées à grande échelle, et j’en passe, alors je considère que c’est bon pour moi, parce-que c’est ce qui me permet de vivre le plus sereinement possible, le plus longtemps possible. Bref, en cas de coup dur, ou de rupture de stock, ou de pandémie mondiale, je ne manque pas de papier toilette ou de sachet de riz…
    Avoir un système de filtration d’eau ou un système de toilettes sèches te permet d’être en sécurité, au cas où. C’est le cas aussi pour le gaz. Problème de gaz, tu chauffes comment ? Etc.

    Je ne suis pas très caler avec la morale Objectiviste, mais je suis au courant qu’elle se trouve en grande contradiction avec la morale actuelle. En l’occurrence, je ne pense pas que mon propos soit en contradiction avec la morale Objectiviste (sur ce point, en tout cas).

    Ensuite lorsque vous dites que le mode de vie des citadins « mourra entouré de ses déjections », cette erreur ressemble fortement à l’absurde mentalité de ces socialistes et marxistes qui ont une vision totalement fixistes des choses, ne comprenant rien à l’économie, pensent que les choses sont statiques, vont toujours rester exactement telles quelles sont aujourd’hui mais que seules les quantités vont changer avec le temps.

    Absolument pas. Je suis effaré (émotionnalisme?) du degré de sous-humain que l’on peut atteindre dans les centres urbains, c’est tout. Vous mettez des gens dans une ville, une coupure d’électricité, et ils commencent à tout casser. C’est du délire.

    Lorsque vous dites que l’« être humain a besoin d’un espace vital », au sens où vous l’entendez cela peut être vrai de certains humains, mais pas de tous, puisqu’à nouveau, beaucoup préfèrent vivre en ville à proximité les uns des autres et s’épanouissent ainsi.

    L’homme, s’il n’a pas un certain degré d’autonomie se retrouve totalement à la merci du moindre problème qui contrevient à la norme (coupure d’électricité, on y revient), ça me semble un pari risqué.

    Pardonnez moi à nouveau mais j’ai envie de vous dire : on s’en moque complètement de la sociologie des Objectivistes. Ce qui compte pour une philosophie, ce sont les idées.

    Pour la philosophie, oui. Mais je crois que vous avez déjà écrit et d’autres aussi sur la question philosophique. Il se trouve que moi, ce qui m’intéresse, c’est le profil de ceux qui se revendiquent de cette philosophie. Je ne porte pas de jugement sur la philosophie en elle-même, vous pouvez trouver cette démarche complètement inutile.

    Soit dit en passant, je ne sais pas si vous êtes déjà allé aux États-Unis, mais vous qui parliez d’« espace vital » si vous comparez la plupart des villes américaines (même certaines grandes villes), y compris californiennes, par rapport aux villes françaises, vous remarquerez qu’on y est beaucoup beaucoup moins à l’étroit que dans la grande majorité des villes françaises et que la notion d’« espace vital » y prend justement tout son sens tant vous avez de la place presque partout.

    Très honnêtement, je n’ai aucune attirance pour ce pays, actuellement.

    Yaron Brook n’a jamais parlé non plus des « villes surpeuplés de Californie », c’est vous qui avez inventé cela, il a seulement évoqué le Sud de la Californie, et vous décidez sans raison de vous focaliser uniquement sur les villes à forte densité de population, alors qu’il n’y a pas que des villes en Californie, et certainement pas que des villes à forte densité de population. Je vous rappelle qu’Ayn Rand elle-même vivait à la campagne lorsqu’elle habitait en Californie et que c’est un état qui fait environ les deux tiers de la France en superficie.

    C’était une abstraction, pour le coup. Comparez la densité de population de la Norvège ou de la Suède avec le Sud de la Californie…

    Et là encore, une fois de plus, cela nous renvoie à la philosophie abstraite. Si vous ne connaissez ni ne comprenez la philosophie Objectiviste en tant que théorie abstraite, vous ne pouvez pas comprendre des aspects qui en dérivent. Parce que la connaissance a une structure hiérarchique. Et en disant cela, j’énonce encore un point de la philosophie Objectiviste (qui fait défaut à l’empirisme). Par exemple l’éthique et la politique dérivent de la métaphysique et de l’épistémologie. On ne peut comprendre l’éthique et la politique Objectiviste sans comprendre sa métaphysique et son épistémologie.

    Yaron Brook parle bien du fait que les populations scandinaves décrivent la Scandinavie comme l’un des meilleurs endroits pour vivre, ce à quoi il répond par sa « blague » de la météo.

    Et je vous invite à revoir la vidéo, il parle bien de bonheur dans la vidéo. A 5:30, il est septique sur le fait que le peuple norvégien soit si heureux que ça (j’imagine qu’il ne peut pas comprendre non plus pourquoi certaines familles hongroises soient si heureuses parce-qu’ elles reçoivent un chèque de la part de l’Etat pour faire le plus d’enfants possible, plutôt que d’être « productive » et de « travailler dur »).

    J’ai peut-être tort (entièrement tort selon vous), mais l’empirisme apporte une réponse très simple.
    Pays qui respecte les libertés les plus fondamentales (expression, etc.), où la population ne crève pas de faim et où on ne risque pas de se faire décapiter au moindre coin de rue = population heureuse.

    Décidément, pour le coup, l’Objectivisme n’a pas dû beaucoup l’aider pour rester sceptique sur ce prétendu bonheur norvégien…

    J’aime

    1. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais sur ce blog il y a un petit texte sur la page d’accueil qui dit ceci :

      Si vous découvrez cette philosophie, vous êtes le bienvenue, mais souffrez qu’il faille prendre connaissance et comprendre l’Objectivisme avant de pouvoir en débattre.

      L’un des enseignements de l’Objectivisme, c’est que la philosophie est inévitable et est (presque) partout. Dans chacune de vos phrases, lorsque vous portez un jugement, même si ce n’est pas directement un jugement sur la philosophie, ce jugement s’appuie implicitement sur certaines positions philosophiques. Que vous en ayez conscience ou non vous défendez à travers vos messages une multitude de choses qui s’appuient sur des prémisses que l’Objectivisme réfute. Donc le problème est que vous voulez discuter d’une philosophie sans manifestement savoir ce qu’elle est, ce qu’elle dit, ni pourquoi elle le dit. Or je ne peux débattre de l’Objectivisme et vous l’enseigner en même temps, l’espace commentaires n’est pas là pour ça. Il existe des ouvrages pour apprendre dans un premier temps.

      Vous dites d’autre part que vous ne parlez pas de l’Objectivisme mais de la sociologie des Objectivistes, or je vous le répète : la question qui vous intéressait au départ était « Faut-il aimer les gratte-ciels pour être Objectiviste ? ». Un Objectiviste, par définition, est quelqu’un qui accepte et pratique la philosophie d’Ayn Rand. Donc la question est bien : « Cette philosophie implique t-elle d’aimer les gratte-ciels ? Faut-il aimer les gratte-ciels pour accepter et pratiquer cette philosophie ? » Ainsi, cette question concerne la philosophie, son contenu, et non pas la moindre sociologie effective à un moment donné. Donc ni votre question, ni mes réponses, ne concernent la sociologie des Objectivistes, je parle de principes philosophiques, ceux de l’Objectivisme, et ceux que vous impliquez dans vos propos, qui sont en opposition radicale, sans que vous sachiez ni comment ni pourquoi.

      Alors de deux choses l’une : soit vous vous renseignez préalablement sur l’Objectivisme, en lisant des livres, et on peut ensuite discuter de vos éventuels désaccords en sachant de quoi on parle, soit vous pouvez poser des questions et je ferai de mon mieux pour vous fournir les références. Mais ce n’est pas le lieu ici, pour déverser des thèses anti-Objectivistes (que vous en ayez conscience ou non) sans savoir ni comment ni pourquoi cette philosophie les réfute (et je dis bien « réfute » je ne dis pas « conteste »). Ce blog n’est pas une tribune pour que vous fassiez des monologues sur vos préférences personnelles de mode de vie. Ce blog est un espace consacré exclusivement à l’Objectivisme, la philosophie d’Ayn Rand.

      D’ailleurs, pour avoir une discussion rationnelle, la base est que vous compreniez les mots que j’emploie (émotionnalisme, abstraction, raison, empirisme, « enchaîné au concret »…) car ils ont un sens précis. J’observe qu’à plusieurs reprises dans votre message, ce n’est pas le cas. Donc là encore vous ne pouvez pas faire l’économie d’une connaissance de l’Objectivisme.

      Ensuite, plusieurs choses me dérangent beaucoup dans votre dernier message :

      1° J’ai déjà répondu à beaucoup de points que vous répétez, mais vous ne prenez pas ma réponse en compte. Vous répétez machinalement la même chose, en faisant comme si je n’avais pas du tout répondu sur tel ou tel point. Je souhaite éviter de répéter une énième fois les mêmes choses.

      2° Lorsque je vous réponds sur un point avec un argument spécifique, vous changez ce point et sautez sur un autre point, c’est-à-dire que vous changez de sujet en cours de route, comme si vous aviez subitement et étrangement « oublié » à quel point je répondais. Je le mentionnerais le cas échéant. J’ignore à ce stade si c’est délibéré de votre part mais c’est en tout cas un obstacle (supplémentaire) à toute discussion rationnelle.

      3° Vous m’obligez à vous expliciter en détail toutes les conclusions que vous devriez tirer par vous-même mais que vous ne faites pas, parce que vous ne vous servez pas de votre faculté d’abstraction. Or on ne peut pas avoir une discussion rationnelle avec une personne qui refuse de se servir de sa raison.

      Pour que les choses soient claires, car je ne sais pas si vous le comprenez (retenez bien ça car c’est valable pour l’ensemble de mon message) mon propos n’a jamais été de dire que la ville serait mieux que la campagne ou inversement. Cela n’a rien à voir avec l’Objectivisme, donc ce n’est pas mon sujet (et cela ne devrait pas être le vôtre ici, ce genre de discussion n’a pas sa place ici) et je comprends qu’on puisse préférer vivre à la campagne. La plupart d’entre nous ont l’expérience de la vie à la campagne et de la vie en ville, sait que chacune a ses avantages et ses inconvénients et est capable d’évaluer la pertinence de vos arguments à partir de son expérience propre.

      Je cite un extrait de Understanding Objectivism, que je vous ai donné en référence dès le début et que vous répète que vous devriez consulter pour comprendre de quoi on parle :

      Je souhaite à présent vous donner un autre dogme dans un domaine différent, puis voir quel serait le principe approprié et où l’émotion intervient. « Les gratte-ciels tu aimeras », nous avons pris cela comme symbole à plusieurs reprises dans ce cours. Or cela est évidemment enchaîné au concret ; la question n’aurait même pas pu se poser avant le vingtième siècle. Ce n’est pas un principe, et cela ne fait pas partie de l’éthique de qui que ce soit. Quel serait le principe que l’on pourrait formuler et dont cela serait une concrétisation ? Au mieux, je peux penser à quelque chose comme : « On devrait respecter l’accomplissement humain. » Ce serait un aspect de la vertu de productivité, de la valeur des créations matérielles. Mais une fois qu’on a dit cela, il est évident qu’une personne peut respecter l’accomplissement sans avoir de passion particulière pour les gratte-ciels. Il ne s’ensuit tout simplement pas que l’un découle déductivement de l’autre. Supposons que vous aimiez les grands espaces, que vous veniez de la campagne, que vous arriviez à New York et que cette ville vous apparaisse comme étant encombrée, sale, grossière, pesante — alors, dans l’abstrait, oui, vous admirez les gratte-ciel, mais ce n’est absolument pas pour vous. Où est l’immoralité dans tout cela ? En quoi est-ce contraire à l’Objectivisme ?

      Dans ce passage, Leonard Peikoff fait une distinction entre l’abstrait et le concret. Ce que vous ne comprenez pas, c’est que dans l’abstrait, le gratte-ciel peut symboliser la même chose que le progrès technologique, médical, spatial, auxquels vous dites être favorable. Et cela ne veut pas dire que quiconque doit aimer les gratte-ciels ni aimer habiter en ville. De la même manière que cela ne veut pas dire que quiconque doit aimer la conquête spatiale. Je cite la suite directe du passage que je viens de citer :

      Je vais vous donner un exemple personnel qui, je pense, est analogue : Je n’éprouve aucune émotion particulière pour le programme spatial. Il y a un certain nombre de raisons à cela — en partie parce que je me focalise sur son caractère étatique, en partie parce que je préfère personnellement le type Lindbergh, où il s’agit d’un homme seul dans un avion solitaire plutôt qu’un gigantesque effort collectif. Mais je ne défends pas l’idée selon laquelle ces raisons s’appliqueraient à qui que ce soit d’autre. Loin de là, c’est tout le contraire — je suis parfaitement conscient qu’il s’agit d’un point de vue personnel et que des personnes que je respecte profondément ont une réaction totalement différente — Ayn Rand, lorsqu’elle était encore en vie, et ma femme, Cynthia, sont toutes deux passionnées par le programme spatial et ses accomplissements. Je reconnais cela. Suis-je en contradiction avec l’Objectivisme ? Je vous défie de le prouver. On ne peut pas déduire l’adulation pour le programme spatial à partir du respect pour l’accomplissement humain.

      Qu’est-ce qui serait contraire à l’Objectivisme ? Si l’attitude d’une personne était : « Démanteler l’accomplissement, le dénigrer » ou « Spolier ceux qui réussissent au profit de ceux qui ne réussissent pas. » Alors évidemment le principe impliqué serait corrompu.

      Comme vous faites dans l’émotionnalisme, dans le subjectivisme, autrement dit dans l’irrationnel (ce qui pose du reste une grosse difficulté pour discuter avec vous), vous êtes enchaîné au concret ne faites pas la différence entre vos préférences personnelles et des principes abstraits. Et cela vous conduit dans le cas que Peikoff mentionne à la fin, à savoir que vous utilisez des arguments qui impliquent des principes anti-civilisation, donc anti-raison, donc anti-vie (comme je vais vous le démontrer à nouveau au cours de ce message).

      Oui, mais la réflexion autour d’une œuvre s’arrête là pour beaucoup de gens. Et sans forcément être touché par une personne qui lui ressemble, beaucoup de personnes sont aussi beaucoup plus sujettes à être touchées par des choses qui leur évoque leur propre vie, ce qui est logique, on est tous issu d’un certain milieu, d’une certaine éducation, etc.

      Bis repetita : Pour les lecteurs intellectuellement limités (ce qui est une question de choix), tant pis pour eux.

      Je vous répète qu’Ayn Rand écrit pour des lecteurs rationnels. L’Objectivisme est une philosophie qui défend avant tout la rationalité. Et vous êtes en train de me demander au fond : peut-on être Objectiviste si on choisit de ne pas être rationnel ? Ce qui revient à : « Peut-on être d’accord avec une philosophie avec laquelle on est en désaccord ? » Je vous répète donc que cette question n’a aucun sens.

      Ayn Rand, ne cherchait justement pas à faire une littérature qui « ressemble » aux gens mais exactement le contraire, et c’est aussi ce qu’elle appréciait chez Victor Hugo, comme elle en parle dans cette préface que nous sommes en train de commenter. C’est une position qui découle de sa philosophie esthétique (laquelle repose sur sa métaphysique, son épistémologie et son éthique), opposée au Naturalisme.

      Dans une appendice à son roman The Fountainhead, Ayn Rand écrit ceci :

      Des lecteurs m’ont demandé si mes personnages étaient « des copies de personnes réelles de la vie publique » ou s’ils n’étaient « pas du tout des êtres humains, mais des symboles ». Ni l’un ni l’autre. Mes personnages ne sont pas des copies de personnes réelles. Nul écrivain sérieux ne « copie » les gens de cette manière naïve et journalistique. Ce que j’ai fait, c’est que j’ai observé la vie réelle, j’ai analysé les raisons qui font que les gens sont tels qu’ils sont, j’en ai tiré une abstraction, et j’ai crée ensuite mes propres personnages à partir de cette abstraction. Mes personnages sont des personnes chez qui certains attributs humains sont focalisés de façon plus nette et plus cohérente que chez les êtres humains moyens.

      Des lecteurs m’ont demandé s’il existait un vrai prototype d’Howard Roark. Littéralement — non. Essentiellement — oui. Tout homme qui a un sens inné de l’indépendance et du respect de soi, et une étincelle d’esprit créatif, a une part de Roark en lui.

      Il s’agit ici de la même distinction entre l’abstrait et le concret que Leonard Peikoff fait plus haut sur les gratte-ciels. Ce qui est significatif chez Roark n’est pas qu’il soit roux, qu’il soit architecture ou qu’il habite en ville, ou n’importe quelle autre de ces caractéristiques concrètes ; ce qui est significatif chez Roark ce sont les abstractions normatives qu’il incarne (indépendance, respect de soi, esprit créatif…). Un lecteur qui ne voit que le concret a choisi de ne pas faire fonctionner sa faculté d’abstraction, c’est son problème. Et dans le même ordre d’idée, on peut lire dans The Romantic Manifesto :

      Il est facile de convaincre un enfant, et en particulier un adolescent, que son désir d’imiter Buck Rogers est ridicule : il sait que ce n’est pas exactement Buck Rogers qu’il a en tête et pourtant, simultanément, ça l’est — il se sent piégé par une contradiction intérieure — et cela confirme son sentiment extrêmement embarrassant d’être ridicule.

      Ainsi, les adultes — dont la principale obligation morale envers un enfant, à ce stade de son développement, est de l’aider à comprendre que ce qu’il aime est une abstraction, de l’aider à faire une percée dans le domaine conceptuel — accomplissent l’exact contraire. Ils entravent sa capacité conceptuelle, estropient ses abstractions normatives, étouffent son ambition morale, autrement dit son désir de vertu, autrement dit son estime de lui-même. Ils arrêtent le développement de ses valeurs à un niveau primitivement littéral, enchaîné au concret : ils le convainquent qu’être comme Buck Rogers signifie porter un casque spatial et faire exploser des armées de Martiens avec un pistolet désintégrateur, et qu’il ferait mieux de renoncer à de telles idées si jamais il espère gagner sa vie respectablement.

      La science-fiction illustre bien la distinction entre l’abstrait et le concret, car ce genre, par définition, n’évoque pas la propre vie du lecteur/spectateur. De même que La Ferme des Animaux ne parle pas de la vie à la ferme. De même que Guerre et Paix ne parle pas de la campagne russe de Napoléon. De même que Quatrevingt Treize ne parle pas de la Révolution française. Un lecteur qui ne peut être touché que par des choses qui « lui évoque sa propre vie », ce n’est pas « logique » c’est juste qu’il a choisi de pas s’élever à un certain niveau d’abstraction, autrement dit il a choisi d’être intellectuellement limité. Cela concerne certains êtres humain (ceux qui ont fait ce choix), mais nullement la nature humaine. Et vous refaites la même erreur dans ce qui va suivre.

      Parce-que l’être humain a peur de l’étranger, tout simplement. N’êtes-vous pas plus en sécurité et en paix avec des gens que vous connaissez et avec lesquels vous avez une entière confiance ? Je ne tournerai pas le dos à n’importe qui, je ne pourrai pas dormir dans le même lit qu’un inconnu.
      Dans les rues surpeuplés, il y a tellement de mouvements de foules que c’est une véritable impossibilité de voir le danger, il y a de potentiels ennemis partout. Vous laisseriez vos enfants à des étrangers, des inconnus, vous ?
      Donc oui, le fait que personne ne se connaisse pose un véritable problème de société. Si personne ne se connaît, la confiance entre les citoyens s’écroule.

      On retrouve à nouveau votre vision cauchemardesque de l’existence, fondée sur la peur, dont je parlais dans mon précédent message. C’est une vision que l’Objectivisme réfute comme reposant sur des prémisses métaphysiques erronées.

      Encore une fois, ce n’est pas parce que vous (ou d’autres personnes) avez peur de l’étranger que vous avez raison (ni que cela représente la nature humaine). Car une émotion ne détermine pas ce qui est vrai ou faux, c’est tout le problème de l’émotionnalisme. Donc, je vais répéter ce que je vous ai dit dans un message précédent :

      Ayn Rand disait souvent : « les émotions ne sont pas des outils cognitifs ». Un homme moderne qui serait émotionnellement attiré par une vie primitive (on ne parle pas simplement de vivre à la campagne avec un potager hein) n’y pourrait rien au sens où l’on a pas de contrôle direct sur ses émotions, mais cela ne veut pas dire qu’il aurait nécessairement raison. Car les émotions, selon l’Objectivisme, découlent des idées et peuvent être le fruit d’idées erronées. Ayn Rand préconisait de pratiquer l’introspection pour essayer de prendre conscience des idées qui sont à l’origine de telle ou telle émotion chez nous. Et si on pratique la vertu de rationalité, on peut corriger ses idées fausses pour que celles-ci soient davantage conformes à la réalité, et les réactions émotionnelles vont progressivement changer en conséquence.

      Je cite The Objectivist Newsletter de janvier 1962 :

      Ce que l’on ressent à l’égard de n’importe quel fait ou de n’importe quel sujet n’a rien à voir avec la question de savoir si le jugement que l’on porte sur ce fait ou ce sujet est vrai ou faux, bon ou mauvais. Ce n’est pas par le biais de ses sentiments que l’on perçoit la réalité.

      Dans la psychologie d’un homme rationnel, la relation entre cognition et évaluation — entre raison et émotion — est une relation de cause à effet. L’irrationalité consiste à essayer d’inverser cette relation : laisser ses émotions — ses désirs ou ses peurs — déterminer sa pensée, guider ses actions et servir de norme de jugement, ce qui signifie : tenter de juger le vrai ou le faux suivant la norme de ce qui est « plaisant » ou « déplaisant ». Philosophiquement, cette tentative est la cause du mysticisme ; psychologiquement, c’est la cause de la névrose.

      Cette vision cauchemardesque fondée sur la peur vient d’une philosophie émotionnaliste (donc irrationnelle) et repose sur une grave confusion entre « vivre » et « ne pas mourir ». Permettez-moi de citer un passage d’Atlas Shrugged que je vous recommande de lire et de relire très attentivement, car il concerne là aussi l’ensemble de notre conversation (Je précise que par « penser », Ayn Rand veut dire notamment faire fonctionner sa faculté d’abstraction. C’est-à-dire le contraire d’être enchaîné au concret.) :

      Vous, les adorateurs du zéro, n’avez jamais compris qu’accomplir la vie n’équivaut pas à éviter la mort. La joie n’est pas « l’absence de souffrance », l’intelligence n’est pas « l’absence de stupidité », la lumière n’est pas « l’absence d’obscurité », une entité n’est pas « l’absence d’une non-entité ». On ne construit pas en s’abstenant de démolir ; attendre passivement durant des siècles n’élèvera pas une seule poutre parce que vous vous êtes abstenu de la démolir (…) L’existence n’est pas la négation du négatif. Le mal, et non la valeur, est une absence et une négation, le mal est impuissant et n’a nul autre pouvoir que celui que nous lui permettons de nous extorquer.
      (…)
      Vous cherchez à échapper à la souffrance. Nous cherchons à atteindre le bonheur. Vous existez pour éviter les punitions. Nous existons pour obtenir des récompenses. Les menaces ne fonctionneront pas sur nous car ce n’est pas la peur qui nous motive. Ce n’est pas éviter la mort que nous souhaitons, mais vivre notre vie.
      Vous qui ne savez plus faire la différence, vous qui prétendez que la peur et la joie sont des incitations aussi puissantes l’une que l’autre — et qui ajoutez secrètement que la peur est la plus « efficace » — vous ne souhaitez nullement vivre, et seule la peur de la mort vous retient encore dans cette existence que vous avez damnée.
      Vous vous agitez, paniqué, dans le piège de vos jours, cherchant la sortie que vous avez fermée, fuyant un assaillant que vous n’osez pas nommer vers une terreur que vous n’osez pas reconnaître, et plus votre terreur est grande, plus vous craignez le seul acte qui pourrait vous sauver : penser. Le but de votre combat est de ne pas savoir, de ne pas comprendre, de ne pas nommer ou de ne pas entendre ce que je vais à présent vous faire entendre : que votre morale est la Morale de la Mort.
      (…)
      Avoir peur de faire face un problème, c’est croire que le pire est vrai.
      Ce n’est pas un quelconque crime que vous auriez commis qui infecte votre âme d’une culpabilité permanente, ce n’est nullement l’un de vos échecs, l’une de vos erreurs ou l’un de vos défauts, c’est le vide avec lequel vous tentez de les fuir — ce n’est pas une sorte de péché originel ou de déficience prénatale inconnue, mais la connaissance et le fait de votre défaut fondamental, à savoir la suspension de votre esprit, votre refus de penser. La peur et la culpabilité sont vos émotions chroniques, elles sont réelles et vous les méritez, mais elles ne proviennent pas des raisons superficielles que vous inventez pour masquer leur cause, elles ne viennent pas de votre « égoïsme », de votre faiblesse ou de votre ignorance, mais d’une réelle et fondamentale menace pour votre existence : la peur, parce que vous avez abandonné l’arme de votre survie, la culpabilité, parce que vous savez que vous l’avez fait volontairement.

      D’autre part Ayn Rand dit dans The Virtue of Selfishness :

      Les hommes étant nés tabula rasa, aussi bien cognitivement que moralement, un homme rationnel considère les étrangers comme innocents jusqu’à preuve du contraire, et leur accorde cette bonne volonté initiale au nom de leur potentiel humain.

      Si l’être humain (en tant que tel, et non pas certaines personnes seulement) avait peur de l’étranger de la manière dont vous le décrivez, la civilisation moderne ne serait jamais advenu (pas de progrès technologique, médical, spatial…), nous en serions encore aux guerres de tribus, nous vivrions comme sur l’île de North Sentinel et les grandes villes, qui sont un phénomène spontané, ne seraient jamais apparues, tout le monde les fuiraient au lieu de vouloir y vivre. Encore une fois, il y a de fait beaucoup de gens qui aiment la ville (c’est un truisme), choisissent d’y vivre et qui s’y épanouissent. Vous tentez de renverser le réalité en disant : « Si personne ne se connaît, la confiance entre les citoyens s’écroule. » alors que c’est précisément parce qu’il y a une certaine confiance que les villes existent et que les gens choisissent d’y vivre, entourés d’inconnus. Beaucoup préfèrent d’ailleurs l’anonymat que leur offre la ville. Laisser des enfants à des inconnus, c’est ce que l’on fait lorsqu’on les laisse à la crèche, à l’école, avec la nourrice, etc. Bien sûr il ne s’agit pas de « n’importe qui pris au hasard », mais justement, on n’interagit pas (ou peu) avec « n’importe qui pris au hasard ». Vous disiez que vous ne pourriez pas dormir dans le même lit qu’un inconnu, mais dans un message précédent, vous imaginiez un personnage décidant de vivre « de fermes en fermes, de maisons en maisons… » !

      Voir l’étranger, indépendamment de tout contexte, par défaut, autrement dit sans aucun élément de preuve, sur la base d’un simple préjugé arbitraire, sur la base d’une peur, comme un « potentiel ennemi » c’est irrationnel et cela représente la haine de l’homme (c’est accessoirement une caractéristique des systèmes totalitaires où l’on est considéré comme coupable jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas un hasard). Or si des gens peuvent être irrationnels, l’irrationalité n’est certainement pas l’essence de la nature humaine. Et c’est évidemment contraire à l’Objectivisme, ce qui veut dire que votre question initiale est : « Peut-on être Objectiviste et avoir des idées contraire ? » Ce qui revient à : « Peut-on être d’accord avec une philosophie avec laquelle on est en désaccord ? » Je vous répète donc (encore) que cette question n’a aucun sens.

      Je vous conseille aussi de lire « The Comprachicos » (publié dans Return of the Primitive) où Ayn Rand explique les causes psychologiques de la peur de l’étranger. Cette lecture présuppose néanmoins un peu de connaissance de l’épistémologie Objectiviste.

      Proportionnellement, oui. Mais ce n’était pas mon propos.

      Vous ne comprenez pas (ou faites semblant de ne pas comprendre, ou ne voulez pas comprendre) pourquoi je vous dis ça. Votre propos était de dire qu’une grande ville comme New York ne pourrait pas représenter une civilisation avancée parce qu’il y aurait davantage de violence dans une grande ville que dans certaines campagnes. À partir du moment où vous comprenez que la cause est arithmétique (donc vous comprenez que d’une certaine manière ce n’est « pas le propos » en effet) vous devez logiquement conclure à l’invalidité de votre affirmation initiale, puisque ce n’est pas la nature avancée ou non de la civilisation qui est en cause.

      Et comme j’ai malheureusement constaté lors de vos précédents messages que vous aviez tendance à « oublier » le point en question et ne pas vous servir de votre faculté d’abstraction pour tirer les conclusions de ce que je vous ai dit, je vais anticiper une potentielle réponse qui serait : « Mais qu’est-ce que cela change que cela soit pour une raison arithmétique ou autre ? » Cela change le fait que la cause n’est pas le caractère arriéré de la civilisation, or si vous vous souvenez de la raison pour laquelle nous parlons de ça, tout ce que vous dites sur ce sujet est à la base censé soutenir l’idée que la bannière de ce blog avec la vue de New York ne pouvait pas représenter une civilisation avancée. D’autre part, le fait que la raison soit arithmétique implique également que si vous avez davantage de gens irrationnels qui commettent des violences et peuvent potentiellement vous nuire (car la cause fondamentale, c’est l’irrationalité), cela implique aussi que vous avez également davantage de gens rationnels dont vous pouvez bénéficier. Naturellement, plus vous avez de gens au même endroit, plus les inconvénients et les avantages des gens sont amplifiés. Après, le ratio bénéfice-inconvénient dépend du contexte de chaque personne, entre autres.

      En campagne, personne n’a pillé son voisin pour une coupure d’électricité.

      Il y a, et il y a eu, des tas de campagnes, à travers le temps et le monde, où des gens pillent leur voisin, sans même avoir besoin d’une coupure d’électricité (avant même la découverte de l’électricité d’ailleurs). Si cela se fait plus ou se fait moins pour des raisons pratiques et arithmétiques à certains endroits, comme je vous l’ai expliqué cela n’est donc pas la civilisation plus ou moins avancée qui est en cause. Et si ce n’est pas la civilisation plus ou moins avancée qui est en cause, votre affirmation selon laquelle New York ne peut pas symboliser une civilisation avancée à cause du fait qu’il y a davantage de violence qu’à la campagne, est invalide.

      Ces phénomènes de peur des foules sont définitivement des problèmes de citadins.

      La plupart des potentiels problèmes inhérents à la concentration d’un certain nombre de personnes au même endroit sont par définition des problèmes spécifiques à la ville, et réciproquement, la plupart des potentiels problèmes inhérents à un faible nombre d’individus dans une zone donnée sont par définition des problèmes spécifiques à la campagne. Idem pour les avantages de chaque situation. Ensuite chacun pèse le pour et le contre en fonction de ses valeurs, de son contexte, de ses objectifs, de sa personnalité et choisit librement ce qui lui convient le mieux. Ça, cela regarde chacun.

      Mais le phénomène « piller son voisin » existe dans les deux situations. Il y a des cambrioleurs à la campagne aussi. Que ce soit lors d’une coupure d’électricité ou pas n’est pas pertinent, puisqu’un cambriolage lors d’une coupure d’électricité reste, même en ville, une situation exceptionnelle, rare, soluble, dont l’écrasante majorité des citadins n’ont jamais fait (et ne feront jamais) l’expérience. Par conséquent, un jugement qui se base sur un tel phénomène en le prenant pour norme est un jugement irrationnel.

      Dans les villages où tout le monde se connaît, il n’y a aucun risque.

      Savez-vous qu’il y a des cambriolages à la campagne aussi ? Les cambrioleurs des campagnes ciblent les maisons isolés pour être plus tranquille et ne pas se faire repérer par des voisins ou par des patrouilles de police qui sont justement absentes des campagnes, comme vous le disiez.

      Il n’y a même pas de patrouille de police ou de gendarmes. Jamais possibilité de me balader en ville sans croiser des voitures de police partout.

      Encore une fois, pour les raisons arithmétiques et pratiques que je vous ai donné. Il est donc normal et heureux qu’il y ait des patrouilles de police en ville. Tout cela n’a donc rien à voir avec des questions de civilisation plus ou moins avancé. Vous omettez toujours la cause et le contexte. À la préhistoire non plus il n’y avait pas de voitures de police. (Et je vais vous expliquer plus bas pourquoi je compare deux époques différentes, ce que je ne devrais même pas avoir à expliquer…)

      Vous comparez deux époques. Je vous parle d’une même période.

      Vous ne pouvez pas comprendre ce que je dis si vous refusez de faire fonctionner votre faculté d’abstraction et restez enchaîné au concret. Je compare deux époques différentes pour vous montrer l’importance de la compréhension causale. En parlant des violences, vous parliez de la campagne en soi par rapport à la ville en soi, donc ce qui nous importe ici, ce dont nous parlons, ce n’est ni une époque ni un lieu, mais la cause. C’est cela qui est fondamentalement l’objet de notre discussion : savoir pourquoi il peut y avoir plus de violence en ville qu’en campagne, car c’est cela qui va déterminer si cela vient ou non du fait que la ville de New York représenterait une civilisation avancée ou non. Vous prenez pour acquis que s’il y a plus de violence dans une situation que dans une autre, c’est nécessairement le résultat d’une civilisation plus avancée. En prenant l’exemple d’une autre époque où vous obtenez le même résultat (statistiquement moins de violence) alors que ce n’est à l’évidence pas cette cause qui opère, je vous démontre que la cause que vous preniez pour acquise est invalide, et que la cause est simplement arithmétique.

      Aujourd’hui, entre l’habitant de Paris et l’habitant d’un village de la Creuse, il y a un fossé lors de la « rupture de la norme ». Encore une fois, prenons l’exemple du confinement, où y a-t-il eu des émeutes ?

      D’abord, je vous répète que la philosophie qui prédomine, la politique qui est mise en pratique, et moult autres facteurs, jouent un rôle dans le comportement des gens, donc ce qui se passe à un moment donné n’est pas réductible à une question ville/campagne. Ensuite, comme je vous l’ai expliqué, on ne peut pas prendre une rupture de la norme pour norme de jugement, c’est une contradiction. Et comme je vous l’ai expliqué aussi, un jugement rationnel doit tenir compte du contexte complet (le contexte complet de la situation, et le contexte complet de l’individu qui fait face à la situation) pour éviter le sophisme du context-dropping. Chaque situation a ses avantages et ses inconvénients : si, dans une situation A, la norme est potentiellement plus avantageuse que la situation B, mais que telle rupture de cette norme est potentiellement plus problématique en A qu’en B, un individu peut estimer que le ratio bénéfice-risque est tout de même au profit de la situation A, parce que, disons, la rupture de la norme est rare (par définition), soluble, a peu de chance de le concerner, ou parce que telle autre rupture de norme qui a peut-être plus de chance le toucher serait plus problématique pour lui en B… bref pour une multitude de raisons qui sont liées à contexte personnel : ses valeurs, ses objectifs, sa personnalité, ses intérêts, qui vont façonner ce qui est avantageux ou problématique pour lui (je vous renvoie à la théorie Objectiviste des valeurs objectives). Il peut naturellement se tromper, mais il n’y a évidemment aucune loi divine tombée du ciel, de dogme intrinciste, qui ferait que tout individu vivrait mieux à la campagne qu’en ville, exactement comme il n’y a pas de dogme intrinciste qui obligerait un individu à aimer les gratte-ciels. C’est la même chose.

      Bien sûr, c’est pour ça que je compare deux cadres dans le même pays, à la même époque.

      Avez-vous encore « oublié » que nous parlions de New York à la base ? Il ne vous aura pas échappé que ce n’est pas une vue de Paris que j’ai mis dans la bannière en haut de mon blog. Au final vous êtes bien en train de comparer en fait New York à la campagne française : deux pays différents. Mais peu importe, car je répète : en parlant des violences, vous parliez de la campagne en soi par rapport à la ville en soi, donc ce qui nous importe ici, ce dont nous parlons, ce n’est ni une époque ni un lieu, mais la cause. Ainsi, si vous comprenez qu’en prenant deux pays différents cela change la donne, vous comprenez donc que ce n’est pas le phénomène de la ville en tant que civilisation moins avancée qui serait la cause.

      Évidemment que non, ce ne sont pas les mêmes personnes, et donc ?

      Et donc, si vous comprenez que ce ne sont pas les mêmes personnes, et surtout, que ce ne sont pas les mêmes mentalités entre d’un côté ceux qui commettent des actes criminels, et de l’autre ceux ont rendu la ville de New York possible, vous êtes capable de comprendre que la bannière avec une vue de New York et des gratte-ciel sur ce blog ne symbolise pas les violences dont vous parlez.

      Oui, et selon ton cadre de vie, tu as le choix entre joué à la belote ou te faire caillasser ton commerce.

      Premièrement, vous changez de sujet. Je vous rappelle qu’ici, sur ce point, je répondais à la question suivante : « Je retourne la question, mais est-ce que le mode de vie à New York (…) est plus favorable à la vie humaine qu’un mode de vie de tribal où personne ne va s’entretuer parce-que l’électricité a été coupé. » Il y a un gouffre entre la vie à la campagne où l’on peut se permettre de jouer à la belote parce qu’on profite de la civilisation moderne, et le mode de vie tribal, où l’on ne joue pas particulièrement à la belote car on passe surtout son temps à survivre (et dans le mode de vie tribal, se faire caillasser est moins inhabituel que dans le mode de vie moderne civilisé ).

      Deuxièmement, vous n’avez pas écouté mon argument. Je vous ai expliqué qu’une coupure d’électricité ou une coupure d’eau c’est la perte, à un moment donné, d’un élément de civilisation, donc ce genre d’événement est un pas en arrière qui nous rapproche un petit peu du tribalisme. Par conséquent une situation inhabituelle comme la perte de l’électricité ne peut pas être pris comme une caractéristique représentative de la civilisation moderne, puisqu’elle représente précisément l’opposé. Ainsi, en insistant pour dire que lorsque cet événement se produit il y aurait du caillassage en ville et pas à la campagne (ce qui, soit dit en passant, n’est pas vrai et biaisé) vous ne comprenez pas que cela n’est de toute façon pas pertinent sur le point qui nous préoccupe, puisque ce que vous remettez en cause c’est la valeur de la civilisation moderne telle qu’elle se manifeste dans une ville comme New York, or le point important est que la coupure d’électricité ne représente pas cela.

      Ce que je vous explique depuis le début et que vous ne prenez pas en compte, c’est que prendre une défaillance inhabituelle comme norme pour ôter à quelque chose son caractère « civilisationnel avancé » est un sophisme. Il est certain que si vous ne prenez jamais le vélo / la voiture / le train / l’avion vous n’aurez jamais d’accident de vélo / de voiture / de train / d’avion. Cela n’enlève rien au fait que ce sont des avancées civilisationnelles. L’invention de la roue est un progrès objectif de l’humanité, même si les défaillances de son emploi peut générer des drames, et a généré, des drames.

      Maintenant, si je veux l’interpréter de la façon la plus favorable possible en oubliant le fait que vous avez changé de sujet sur ce point, votre propos ici est de dire que le cadre de la campagne serait plus apte à résoudre et faire face à certaines défaillances que le cadre de la ville. Or non seulement l’inverse est aussi vrai, cela dépend de quel type de problème on parle (vous utilisez des biais grossiers, présenter la campagne en soi comme un lieu idyllique et idéal tandis que dans la ville en soi la violence et le crime régnerait est évidemment ridicule), mais surtout, d’après le type d’argument que vous utilisez contre la ville, votre façon de « solutionner » les défaillances est une sorte de « solution par la négation », qui rejoint ce dont parle Ayn Rand dans la citation d’Atlas Shrugged plus haut. C’est-à-dire non pas choisir la campagne en raison de caractéristiques positives particulières qu’elle peut offrir (les valeurs de la campagne), mais en raison d’une négation des risques particuliers de la ville. C’est à dire le fait de fuir, d’éviter le risque, sur la base d’une peur irrationnelle de celui-ci. C’est la confusion dont parle Rand entre accomplir la vie et éviter la mort.

      Nous parlons de ce qu’est une civilisation avancée. Comme je vous l’ai expliqué le progrès humain ne consiste pas à fuir les risques. Et je ne parle pas seulement de défaillances technique, j’inclus tout usage irrationnel du progrès humain, tout comportement parasitaire. Ayn Rand parle souvent dans ses écrits (notamment dans The Fountainhead) de la mentalité parasitaire. Le parasite ne peut exister qu’à travers les autres : il vit, soit spirituellement, soit matériellement, soit les deux, grâce à qu’il prend à autrui, sans indépendance. Le pilleur rentre dans cette catégorie. Pour qu’il puisse y avoir des mentalités parasitaires, il faut forcément des personnes rationnelles, indépendantes, qui créent de la valeur. Ceux qui érigent des villes comme New York rentrent dans cette dernière catégorie. Votre approche revient en quelque sorte à dire que les gens indépendants génèrent les parasites. En effet, dès lors que vous créez de la valeur, le risque existe que des parasites cherchent à en profiter. Comme lorsque vous cultivez votre potager, vous attirez potentiellement des animaux qui peuvent le détruire. Pour qu’il puisse y avoir des destructeurs, il faut des constructeurs. Donc vous mélangez les deux dans votre tête et vous en concluez qu’il faut abandonner la rationalité, l’indépendance, la valeur, la civilisation, car ce serait là que réside le mal, sans voir que la cause fondamentale qui génère les parasites est précisément l’irrationalité, qu’il y a là deux essences opposées, et vous ne faites plus le discernement entre le bien et le mal. Selon l’Objectivisme, « le mal est impuissant et n’a nul autre pouvoir que celui que nous lui permettons de nous extorquer », autrement dit le mal ne triomphe que par défaut du bien.

      Tout progrès humain amène son lot de risques nouveaux (la découverte du feu, l’invention de la roue…) et la seule façon garantie de supprimer le risque, c’est de supprimer la vie. C’est notamment en ce sens que je vous disais, et qu’Ayn Rand disait, que ce que vous prônez est une « Morale de la Mort ».

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    2. Pourquoi ? Parce-que l’ordre est une preuve de bon fonctionnement d’une société. Comparez le métro de Tokyo et de Paris, exemple flagrant d’une différence entre une foule plus ordonné qu’une autre.
      Regardez la saleté des rues à Paris. Les gens se respectent tellement peu qu’ils vivent dans leur propre crasse. Regardez les fraudes, les gens qui klaxonnent dans les rues pour des raisons absurdes, ceux qui fraudent, ceux qui volent aux distributeurs automatiques lorsque quelqu’un sort de l’argent liquide, les émeutes, les violences, etc.
      Oui, effectivement, je préfère que les foules soient ordonnés, respectueuses, qu’elles ne jettent pas leurs déchets par terre, qu’elles ne s’entre-tuent pas.
      Cette utilisation du mot « ordonné » été choisi délibérément. Anecdote récente : « une connaissance aide une grand-mère à descendre ses bagages dans le train, une seconde d’inattention et son sac contenant papiers personnels et ordinateur ont été volés », c’est quotidien. Ce sont des lieux de vie complètement névrosés. C’est simple, lorsque les foules sont ordonnés, lorsque quelqu’un tombe, on le rattrape, on ne lui vole pas ses biens.

      Vous amalgamez dans un même mot (« ordonné ») des significations qui sont étrangères au sens de ce mot. C’est ce qu’Ayn Rand appelait le sophisme du package-deal (Décidément vous allez tous les faire !) Vous me dites que c’est délibéré mais je ne vois pas en quoi c’est une justification. Il me semble que vous vouliez simplement dire quelque chose comme : « respectueux ».

      En prenant l’exemple du métro de Tokyo, vous allez dans le sens de ce que je disais, à savoir que ce n’est même pas fondamentalement le phénomène de la ville en tant que tel qui est en cause de façon suffisante. En effet Paris est différent de Tokyo qui est différent du Caire qui est différent de New York, etc. La philosophie qui prédomine, la politique qui est mise en pratique, et moult autres facteurs, jouent un rôle dans le comportement des gens. (Et on ne peut même pas faire comme si toutes ces grandes villes étaient identiques en terme d’espace ou de densité de population : Paris c’est plus de 20 000 habitants par km², l’une des villes les plus denses au monde ; New York, la ville qui a la plus forte densité de population de toute l’Amérique du Nord est très loin d’atteindre la densité de Paris. Peut-être que Yaron Brook trouverait la ville de Paris — voire même comme New York — insupportable, je n’en sais rien.)

      Vous évoquez un incident dans un train : le train est aussi un bon exemple de la cause arithmétique que peuvent avoir des acte délictueux. Il y a beaucoup de vols dans les trains, que celui-ci passe en ville ou à la campagne. Exactement comme vous avez plus de vols dans les lieux touristiques où il y a un certain nombre de gens proches les uns des autres (et il y a encore d’autres raisons pour ce cas précis). Est-ce que lorsqu’on rentre dans un train ou dans un lieu touristique on entre dans une civilisation moins avancée ? Non, cela n’a rien à voir.

      Pas du tout. Ce que je dis, c’est que même dans le mode de vie le plus primitif, ce problème de selles est facilement réglé, et qu’en adoptant le mode de vie citadin d’appartement dans le monde moderne, dans la société civilisé, l’humain devra vivre dans son caca et n’aura pas d’autres moyens de faire caca ailleurs (ou alors dans son parc artificiel crée en bas de chez lui).

      Ce faisant vous prônez bien, en effet, le retour à l’âge de pierre, mais comme vous êtes enchaîné au concret (ce qui est un problème philosophique) vous ne faites aucune abstraction et ne voyez pas la conséquence logique de votre propre argument. Car pour que le concret dans votre argument puisse avoir le moindre validité en tant qu’argument, il faut un principe abstrait : le principe abstrait qui soutient votre exemple concret est en substance le suivant : « Si l’on s’abstient de se servir d’un outil, les défaillances de ce outil ne sont pas un problème. », que vous le vouliez ou non, c’est cela l’essence de votre argument, sans quoi ce que vous dites serait inintelligible. Or si vous prenez la défaillance d’un élément civilisationnel comme norme, il n’y a aucune raison de prendre arbitrairement tel élément plus qu’un autre : tout élément civilisationnel peut faillir et vous mettre en difficulté d’une façon ou d’une autre, où que vous viviez. Le seul moyen d’éviter ce type de défaillance et donc de difficulté est de vivre tel un homme préhistorique, et encore, plutôt comme un animal. Ainsi vous ne voyez pas (ou refusez de voir) les présupposés et les implications logiques du principe qui fonde votre argument, à savoir le rejet de tout outil, donc de toute la civilisation, de la raison, de tout ce qui fait l’être humain et de tout ce qui soutient sa vie.

      Une telle aberration découle du fait que votre argument repose sur moult prémisses invalides, parmi lesquelles, je me répète, le fait de prendre la défaillance comme norme, mais également (et c’est lié) votre vision statique qui abandonne la dynamique du progrès, c’est-à-dire la raison, qui oublie que le moyen fondamental de survie de l’être humain est la raison et que c’est comme ça que nous sommes passés de la grotte aux gratte-ciels. C’est-à-dire que selon vous, une défaillance d’un élément civilisationnel est inéluctable et irrémédiable, comme si en cas de problème, il ne se passait rien, l’être humain continuait passivement le cours de sa vie tel un automate et « meurt entouré de ses déjections ». Une telle attitude reflète le « refus de penser », l’abandon de la raison (« arme de survie ») dont parle Ayn Rand dans la citation d’Atlas Shrugged, attitude qui découle de cette confusion déjà mentionnée entre « vivre » et « ne pas mourir ». Elle dit très exactement à la fin (de façon plus générale et abstraite, mais nous avons là un exemple) que ce n’est pas la défaillance le problème, mais le refus de vouloir se servir de son esprit pour la régler. Donc, bis repetita : Cela ne veut pas dire que la civilisation moderne est parfaite et qu’il n’y a jamais de problèmes ou défaillances dans le cadre celle-ci, ni que ces éventuels problèmes révèlent une dépendance de certains humains vis-à-vis de cette civilisation moderne, cela veut dire que lorsqu’il y a des problèmes, comme une coupure d’eau ou d’électricité, l’être humain pour continuer à vivre, doit continuer à se servir de sa faculté de raison pour essayer de faire en sorte que cela arrive moins ou que cela n’arrive plus, et trouver des solutions pour les cas où cela arrive quand même. Et donc améliorer continuellement cette civilisation moderne, c’est-à-dire progresser. (Et c’est d’ailleurs pour ça que de fait, dans une civilisation avancée, une coupure d’eau ou d’électricité n’est pas un problème très grave et généralement éphémère.) Tant qu’il y a des problèmes à résoudre, il y a des progrès à faire. C’est le sens légitime du mot « progrès » et c’est en ce sens que l’on dit d’une société qu’elle est « avancée ». C’est ce que fait une civilisation avancée. Et le progrès, c’est que chaque nouvel outil, même s’il apporte de nouveaux risques et de défaillances possibles, résout en lui-même plus de problèmes, ou des problèmes plus importants.

      Bien sûr. Je souhaite le progrès technologique, médical, spatial, etc. Mais en l’occurrence, je ne me mets pas à piller mes voisins lorsqu’il y a une coupure d’électricité. Et il n’y a pas d’émeutes en campagne lors de ces problèmes-là. Le problème est qu’à la moindre défaillance, des gens stupides commencent à piller des commerces et à brûler des voitures, ou à faire des stocks de papier toilette.

      Vous changez (encore) de sujet. Pour rappel, je répondais ici à : « Le nomade, lui, peut faire ses besoins où il le souhaite, et le campagnard peut très bien survivre très longtemps avec une coupure d’eau, s’il est préparé, et mettre ses déjections au fond du jardin. Le dernier des humains vivant dans la forêt pourra faire ses besoins n’importe où. », c’est là dessus que je vous expliquais que rejeter le progrès humain au nom de ses potentielles défaillances est un funeste sophisme. À la moindre défaillance, le progrès technologique, médical, spatial peut aussi générer des drames, et cela s’est déjà produit. Vous passez étrangement d’un point à un autre, ce qui embrouille notre discussion.

      Du reste, je vous ai déjà répondu sur cet autre point que vous évoquez, mais comme vous le placez là où il n’avait pas sa place, on ne sait pas où vous voulez en venir. Si c’est toujours pour défendre l’idée que New York ne peut pas symboliser une civilisation avancée (or la réponse à cette question implique une compréhension causale), je vous ai déjà expliqué que la cause d’une proportion plus grande de violence en ville est arithmétique et pratique, donc que ça n’a aucun rapport avec le caractère avancé ou non de la civilisation. (Soit dit en passant, des gens qui font de stocks de papier toilette, vous en avez eu partout, cela n’a rien de spécifique aux grandes villes.) Plus fondamentalement, la cause de la violence (où qu’elle ait lieu) est l’irrationalité. D’un autre côté, la cause fondamentale qui fait surgir des mégalopoles modernes comme New York, c’est la rationalité. Les deux concepts (rationalité et irrationalité) étant opposés (comme construction et destruction), en faire un package-deal est une contradiction et une confusion. Une construction, à moins qu’elle ait été érigée au prix de l’esclavage (ce qui n’est pas le cas à New York) ne peut pas symboliser sa propre destruction.

      Du reste, vous êtes tellement enchaîné au concret qu’en disant être favorable au progrès technologique, médical, spatial, vous ne voyez pas que le type d’arguments que vous utilisez contre la ville s’appuient sur des principes opposés à tout progrès quel qu’il soit : technologique, médical, spatial… Vous désirez les effets mais rejetez les causes.

      Etre le plus autonome possible.

      Vous considérez donc comme allant de soi que l’« autonomie » au sens de tout produire directement soi-même, est une valeur. Probablement parce que vous prenez cela, à tort, pour de l’indépendance (et je vous ai déjà montré en quoi vous vous mépreniez sur l’indépendance). Ce n’est pas du tout la perspective morale de l’Objectivisme, au contraire. Le progrès humain, le « progrès » au sens dont je parle depuis mon précédent message, sur lequel vous avez une position apparemment irrationnelle puisque vous en rejetez les causes tout en en désirant les conséquences, repose précisément sur l’échange (lequel n’est pas une dépendance), donc la division du travail. (L’Objectivisme défend le trader principle.) C’est grâce à la division du travail qu’il peut y avoir, par exemple, des professions intellectuelles.

      Je cite The Virtue of Selfishness :

      Les deux grandes valeurs que l’on peut obtenir de l’existence sociale sont : la connaissance et l’échange. L’homme est la seule espèce capable de transmettre et d’accroître ses connaissances de génération en génération ; la connaissance potentiellement disponible à l’homme dépasse tout ce qu’un homme seul pourrait ne serait-ce que commencer à acquérir dans toute vie ; tout homme tire un incalculable bénéfice des connaissances découvertes par autrui. Le second grand bénéfice est la division du travail : elle permet à un homme de consacrer ses efforts à un domaine de travail particulier et d’échanger avec les autres, qui se sont spécialisés dans d’autres domaines. Cette forme de coopération permet à tous les hommes qui y prennent part d’atteindre une connaissance, une habileté et un rendement productif supérieurs à ce qu’ils pourraient obtenir si chacun devait produire tout ce dont il a besoin, sur une île déserte ou dans une ferme autonome.

      Si l’« autonomie » telle que vous l’entendez était une bonne chose en soi, il faudrait être cohérent, abandonner la division du travail et revenir à l’âge de pierre, chacun produisant uniquement pour lui-même, en échangeant le moins possible. Y compris les outils. Y compris les outils avec lesquels on fait les outils, et ainsi de suite. Cela équivaut à se suicider. En clair et en substance, vous êtes en train de dire que le suicide est une valeur.

      En 2010, le designer Thomas Thwaites a tenté de fabriquer un simple grille pain de la façon la plus « autonome » possible, c’est-à-dire en se servant le moins possible des avantages de la division du travail. (Je dis bien « le moins possible » car n’en bénéficier en aucune manière est impossible. Il n’a pas fabriqué lui-même un très grand nombre d’outils dont il s’est pourtant servi, ne serait-ce que ses chaussures par exemple, sans parler des connaissances auxquelles il a eu accès.) Au bout de neuf mois, il est parvenu à cette chose ignoble qui a grillé au bout de quelques minutes.

      Une citation de Douglas Adams, tirée du roman Globalement inoffensive avait inspiré son projet : « Livré à lui-même, il n’était pas fichu de construire un grille-pain. Il pouvait tout juste se faire un sandwich, et encore. » Cette citation est en deça de la vérité. En 2015, le youtubeur Andy George s’est amusé à tenter une expérience analogue à celle de Thomas Thwaites en réalisant un simple sandwich. Cela lui a pris six mois et lui a coûté l’équivalent de 1500 dollars.

      Bref, il faut comprendre que les choses les plus simples (presque tout ce qui va au delà du mode de vie préhistorique en fait) que vous prenez pour acquises ne peuvent exister que grâce à la division internationale du travail. C’est d’ailleurs ce que l’économiste (et ami d’Ayn Rand) Leonard Read avait éloquemment montré dans son célèbre article de 1958 : Moi, le crayon que je vous conseille de lire.

      Échanger ce n’est pas être dépendant, comme l’explique Leonard Peikoff dans Objectivism: The Philosophy of Ayn Rand :

      Dans une société de division du travail, nul ne produit par lui-même tous les biens et services que sa vie requiert. Ce que l’on produit est une valeur économique que l’on peut offrir aux autres en échange de ce que l’on souhaite ; on produit l’équivalent en valeur des biens et services que l’on recherche. Un homme qui interagit avec les autres d’après cette méthode est le contraire du dépendant. Il compte sur sa propre capacité créative pour survivre. Il compte sur la valeur de son travail reconnu par des hommes rationnels, et non sur l’obtention des faveurs d’une personne ou d’une clique. Il n’est pas limité à l’interaction avec une clique ; le monde entier peut potentiellement être son client.

      L’« autonomie » au sens où vous l’entendez n’est donc nullement une valeur.

      Je suis probablement très primitif, mais si une partie de mon alimentation ne dépend pas des transports routiers, des commerces ou de je ne sais quel biais, mais qu’il se trouve à cinq pas de ma maison, dans mon jardin, si mon moyen d’évacuer mes déchets corporels ne dépend que de ma propre force de travail, sans besoin de plombier ou de système d’égout communal ou que sais-je encore, si mon eau ne dépend pas d’entreprises pour être rendues potables et mises en bouteilles et distribuées à grande échelle, et j’en passe, alors je considère que c’est bon pour moi, parce-que c’est ce qui me permet de vivre le plus sereinement possible, le plus longtemps possible. Bref, en cas de coup dur, ou de rupture de stock, ou de pandémie mondiale, je ne manque pas de papier toilette ou de sachet de riz…
      Avoir un système de filtration d’eau ou un système de toilettes sèches te permet d’être en sécurité, au cas où.

      J’ai dit plus en haut en quoi votre vision de l’« autonomie » signifiait se suicider. Parlons à présent des racines un peu plus profondes qui vous ont amené à croire que l’« autonomie » était une valeur. Prendre la défaillance, la catastrophe, la situation d’urgence, etc, comme norme morale est le produit d’une philosophie conventionnelle (car c’est sur cette base que beaucoup de philosophes modernes fondent leur éthique, et tout particulièrement les partisans de l’altruisme) et c’est exactement le contraire de l’éthique Objectiviste : c’est précisément l’un des points que la morale Objectiviste remet en cause à la racine.

      À cet égard, Ayn Rand est aristotélicienne : le sujet de la morale, selon l’Objectivisme, ce n’est pas comment éviter la mort, mais comment vivre, ce sont les valeurs, quel genre d’homme on devient. Souvenez-vous de la citation d’Atlas Shrugged du début de mon message. (Et le premier roman d’Ayn Rand, Nous les vivants a aussi cette distinction pour sujet. Certains personnages survivent physiquement plus longtemps que d’autres, mais ne vivent pas pour autant.)

      Il n’est pas vrai que l’on vit le plus sereinement possible et le plus longtemps possible suivant la vision que vous décrivez (je ne parle pas des conditions existentielles, mais de la vision par laquelle vous la justifiez), tout simplement parce que cette vision repose dès le départ sur une vision cauchemardesque de l’existence, sur la peur de défaillances et catastrophes imprévisibles, donc à partir de là il n’y a aucune sérénité possible : même dans la situation soi-disant sécurisée que vous imaginez, on peut continuer à projeter indéfiniment, sur la base de la même vision et des mêmes peurs, de nouvelles défaillances ou catastrophes qui viendront défaire le plus survivaliste des plans possibles.

      Suivant une telle vision, non seulement on ne vit pas sereinement, non seulement on ne vit pas plus longtemps (et je ne parle pas seulement de survie physique, bien que la peur irrationnelle tue davantage que l’objet de cette peur), mais on ne vit pas du tout. Au mieux on passe simplement son existence à éviter la mort, dans une anxiété chronique, ce qui n’a rien à voir. Et si d’aventure un véritable événement imprévisible advient, comme vous n’êtes ni omnipotent ni omniscient, et comme l’événement est imprévisible, il ne cadrera pas avec les plans que vous conçus pour anticiper sa venue. Il n’y a en effet aucune raison de se fonder arbitrairement sur la peur de certaines défaillances, de certaines catastrophes et pas d’autres. Dès lors, il n’y a aucune raison de ne pas imaginer toute sorte de situations, y compris les plus terribles, où la vie humaine n’est tout simplement même pas envisageable. Et selon l’Objectivisme, on ne peut pas fonder une éthique là dessus, car ce n’est pas la raison d’être de la morale. Et si on ne peut pas fonder une éthique là dessus, on ne peut pas non plus fonder un mode de vie sain là dessus.

      Je cite The Virtue of Selfishness :

      On peut constater les résultats psychologiques de l’altruisme dans le fait qu’un grand nombre de personnes abordent le sujet de l’éthique en posant des questions comme : « Faut-il risquer sa vie pour aider un homme qui : a) est en train de se noyer, b) est pris au piège dans un incendie, c) marche devant un camion à grande vitesse, d) est accroché par les ongles au-dessus d’un gouffre ? »
      Examinez les implications de cette approche. Si un homme accepte l’éthique altruiste, il subira, proportionnellement au degré de son acceptation, les conséquences suivantes :
      (…)
      3. Vision cauchemardesque de l’existence — puisqu’il croit que les hommes sont piégés dans un « univers malveillant » où les catastrophes sont la préoccupation constante et première de leur vie.
      4. Et, en fait : indifférence léthargique à l’éthique, amoralité désespérément cynique — puisque ses questions impliquent des situations auquel il ne sera probablement jamais confronté, qui n’ont aucun rapport avec les problèmes réels de sa propre vie et le laissent ainsi vivre sans le moindre principe moral.
      (…)
      Une urgence est un événement imprévu et inattendu, limité dans le temps, qui crée des conditions dans lesquelles la survie humaine est impossible — une inondation, un tremblement de terre, un incendie ou un naufrage par exemple. Dans une situation d’urgence, l’objectif premier des hommes est de combattre la catastrophe, d’échapper au danger et de rétablir des conditions normales (atteindre la terre ferme, éteindre le feu, etc).
      Par conditions « normales », j’entends métaphysiquement normal, normal dans la nature des choses et adapté à l’existence humaine. Les hommes peuvent vivre sur terre, mais ne peuvent vivre dans l’eau ou dans le feu. Les hommes n’étant pas omnipotents, il est métaphysiquement possible que des catastrophes imprévisibles les frappent, auquel cas leur unique tâche est de revenir aux conditions dans lesquelles leur vie peut continuer. De par sa nature, une situation d’urgence est temporaire ; si elle devait durer, les hommes périraient.
      (…)
      Dans les conditions normales d’existence, l’homme doit choisir ses objectifs, les projeter dans le temps, les poursuivre et les atteindre par ses propres efforts. (…) Il ne peut vivre sa vie en suivant des règles qui ne s’appliquent qu’aux conditions dans lesquelles la survie humaine est impossible.
      (…)
      Tout code éthique est fondé sur et découle d’une métaphysique, c’est-à-dire : d’une théorie sur la nature fondamentale de l’univers dans lequel l’homme vit et agit. L’éthique altruiste est fondée sur une métaphysique de « l’univers malveillant », sur la théorie d’après laquelle l’homme, de par sa nature même, est démuni et condamné — d’après laquelle le succès, le bonheur, l’accomplissement lui sont impossibles — que les urgences, les catastrophes, les désastres sont la norme de sa vie et que son objectif premier est de les combattre.
      À titre de réfutation empirique la plus simple de cette métaphysique — à titre de preuve du fait que l’univers matériel n’est pas hostile à l’homme et que les catastrophes sont une exception, et non une règle, de son existence — voyez les fortunes que font les compagnies d’assurance.
      Observez également que les partisans de l’altruisme sont incapables de fonder leur éthique sur le moindre fait de l’existence humaine normale et qu’ils proposent toujours des situations de type « canot de sauvetage » sur l’exemple desquels ils tirent des règles de conduite morale.
      (…)
      Le fait est que les hommes ne vivent pas dans des canots de sauvetage — et que ce n’est pas l’endroit sur lequel fonder sa métaphysique.

      La seule manière d’éviter de façon absolue le risque, le danger, la souffrance, l’erreur, l’échec, la défaillance, la catastrophe (sans avoir à y faire face par la raison), c’est de supprimer la vie. Comme lorsque Schopenhauer vous propose de rejeter la vie pour éviter la souffrance. Et il n’implique même pas le suicide physique, mais de vivre comme un légume ascétique en rejetant tout désir et toute volonté. (On est au-delà du mode de vie matériellement primitif.) Ce serait peut-être la façon la plus cohérente de mettre le type d’argument que vous utilisez en application, mais il va sans dire qu’une telle attitude n’est pas le choix de vivre, lequel est à la base de toute l’éthique Objectiviste. Et comme le dit Ayn Rand dans la citation d’Atlas Shrugged, la joie n’est pas l’absence de souffrance.

      Peut-être me direz-vous que concrètement, ce ne sont pas vos intentions (et vous pourriez me dire la même chose lorsque je vous dit que votre vision de l’« autonomie » équivaut au suicide), mais ce ne sont pas vos intentions concrètes qui importent : ce qui importe, c’est la logique abstraite du type d’argument que vous utilisez, parce que c’est elle qui constitue votre justification, donc si elle est valide, elle doit pouvoir s’appliquer au-delà de vos intentions concrètes particulières (et elle va s’appliquer au-delà de vos intentions concrètes si on l’accepte), donc si cela va à l’encontre de vos intentions concrètes, cela signifie que votre justification était invalide. On ne peut pas comprendre cela si l’on est enchaîné au concret. Mais ça c’est un problème psycho-épistémologique : on en revient toujours aux fondamentaux.

      C’est le cas aussi pour le gaz. Problème de gaz, tu chauffes comment ? Etc.

      Il se trouve que ma chaudière a eu un problème cet hiver, et je n’ai plus eu de gaz durant plus d’une semaine pour me chauffer. Ai-je péri dans d’atroces souffrances ? J’ai utilisé temporairement un chauffage électrique en attendant patiemment de faire réparer le problème, et j’ai continué à faire ma vie. Excusez la banalité de l’anecdote. Du reste j’espère ne rien vous apprendre en vous disant que les cheminées et moult autres formes de chauffages alternatifs au gaz existent en ville. Est-ce qu’un événement aussi exceptionnel justifiait un changement total de système ou de mode de vie ? Vous connaissez la réponse. Vous pourriez me dire : « Et si vous aviez eu en plus une coupure d’électricité en même temps ? » (Pour vraiment prendre le cas le plus inhabituel possible…) Réponse : je me serais servi de ma faculté de raison pour trouver une autre solution, en fonction du contexte. Et je pourrais vous demander : prévoyez-vous un bunker en cas d’attaque nucléaire ? Si la peur d’une guerre nucléaire avait déterminé le mode de vie des gens durant la guerre froide, auraient-ils été plus sereins et heureux d’après vous ?

      Je ne suis pas très caler avec la morale Objectiviste, mais je suis au courant qu’elle se trouve en grande contradiction avec la morale actuelle. En l’occurrence, je ne pense pas que mon propos soit en contradiction avec la morale Objectiviste (sur ce point, en tout cas).

      Je vous ai montré en quoi votre propos contredisait la morale Objectiviste à sa racine même. Vous dites que vous n’êtes pas calé sur la morale Objectivisite, mais à vrai dire, j’avoue que je ne vois pas, jusqu’à présent, le moindre aspect sur lequel vous auriez le moindre début de connaissance de l’Objectivisme.

      Du reste vous semblez ignorer (ou négliger du moins) quelque chose de fondamental, à savoir que l’Objectivisme est un système intégré : toutes les idées sont liées et aucune ne peut être prise isolément, il n’y a pas la morale d’un côté, la métaphysique de l’autre, l’épistémologie qui serait encore un sujet détaché et ainsi de suite. Toutes les idées Objectivistes sont logiquement liées et dépendantes les unes des autres. Or les prémisses qui sous-tendent votre vision du bien ( y compris les prémisses métaphysiques et épistémologiques) sont en contradiction avec l’Objectivisme. L’opposition est totale, non pas dans le sens où utiliser des toilettes sèches serait contraire à l’Objectivisme en soi, mais dans le sens des raisons, des arguments, des prémisses, des méthodes qui soutiennent votre propos.

      Absolument pas. Je suis effaré (émotionnalisme?) du degré de sous-humain que l’on peut atteindre dans les centres urbains, c’est tout. Vous mettez des gens dans une ville, une coupure d’électricité, et ils commencent à tout casser. C’est du délire.

      Non, là vous changez à nouveau de sujet. Je vous répondais ici sur votre idée que le mode de vie citadin « mourra entouré de ses déjections » qui repose sur l’erreur d’une vision fixiste, ne mélangez pas tout. Non seulement vous parlez d’autre chose, mais je vous ai déjà répondu sur cet autre sujet, et vous répétez machinalement la même chose sans tenir compte de ce que je vous ai dit.

      D’abord ce qui est effectivement du « délire » c’est votre présentation : « On met des gens une ville, une coupure d’électricité, et ils commencent à tout casser. » comme si tout citadin, parce qu’il est citadin, se mettrait mécaniquement à tout casser à la moindre coupure d’électricité. C’est absolument ridicule, évidemment. Pourquoi ne dites-vous pas : « Il y a déjà eu, dans certaines villes, à certains moments, des phénomènes de pillages lors d’une coupure d’électricité. » ? Votre incapacité à présenter les faits objectivement (comme lorsque vous déformiez les propos de Yaron Brook) nuit à votre compréhension et à notre échange. Là encore je suspecte que l’émotionnalisme ne rende votre pensée totalement confuse.

      Et l’émotionnalisme, vous devriez le savoir si vous connaissiez un peu l’Objectivisme, ce n’est pas le fait d’être effaré par quelque chose ni d’éprouver une quelconque émotion (à quelque fréquence ou intensité que ce soit), c’est de prendre son émotion, au lieu de sa raison, comme outil cognitif, de la prendre comme d’un guide pour penser. Les émotions peuvent être rationnelles, pourvu qu’elles soient le produit d’une connaissance rationnelle (qui elle-même n’est pas une émotion). Mais dans tous les cas ce ne sont pas des outils cognitifs, ce sont les produits de vos prémisses conscientes ou subconscientes (vraies ou fausses) et il ne faut pas les prendre pour autre chose.

      Et comme vous faites dans l’émotionnalisme (par association d’idées apparemment subconscientes) au lieu de vous servir de votre faculté d’abstraction, vous ne faites pas de véritable analyse causale et vous aboutissez à la présentation absurde que je viens de décrire. Or vous vous doutez bien que les gens qui agissent ainsi (ceux qui cassent) ne sont pas des gens qui ont été toute leur vie honnêtes, intègres, droits et que subitement, parce qu’il y a une coupure d’électricité ou parce qu’ils habitent en ville, leur cerveau se dérègle comme par magie. Donc la cause réelle fondamentale de ce phénomène c’est l’irrationalité et ce n’est ni intrinsèquement lié à la ville, ni à la campagne. On trouve des « sous-humain », des gens irrationnels, à la campagne aussi, c’est juste que cette nature « sous-humaine » ne se voit ou ne s’exprime pas de la même manière, tout simplement, pour de multiples raisons, mais qui n’ont rien à voir avec l’idée que la campagne en tant que telle représenterait une civilisation plus avancée. Comme je n’ai cessé de vous le dire, arithmétiquement, plus vous avez une concentration d’un certain nombre de personnes au même endroit, plus vous avez de chance qu’il y ait une plus grande quantité de gens irrationnels et d’opportunité pratiques pour eux de l’exprimer en acte. Mais pour la même raison arithmétique, vous avez aussi plus de chance qu’il y ait une quantité de gens rationnels (cela dépend aussi de la philosophie qui prédomine dans tous les cas) susceptibles de créer de la valeur.

      Un cas beaucoup moins inhabituel et plus dramatique que le caillassage de commerce en ville : chaque année en France, en particulier lors des départs en vacances (c’est encore arithmétique), il y a des accidents de la route, parce que des gens stupides conduisent n’importe comment. Cela se produit essentiellement à la campagne, et cela n’a rien à voir avec l’idée que la campagne serait une civilisation plus ou moins avancée. Il serait absurde de ma part de défendre cela, parce que cela ne reposerait sur aucune analyse causale sérieuse. C’est ce que vous faites. Vous dites : « On met les gens sur des routes dans la campagne, et il commencent à conduire comme des fous. C’est du délire. » et vous en déduisez que les routes de campagne représentent une civilisation arriérée.

      L’homme, s’il n’a pas un certain degré d’autonomie se retrouve totalement à la merci du moindre problème qui contrevient à la norme (coupure d’électricité, on y revient), ça me semble un pari risqué.

      1° Ce n’est pas un « pari », puisque lorsque je vous dit que beaucoup préfèrent vivre en ville à proximité les uns des autres et s’épanouissent ainsi, je vous parle d’un fait, de quelque chose qui se produit effectivement. (Tout comme il y a des gens qui s’épanouissent à la campagne.) Et je parle y compris de vies qui sont déjà terminées.

      2° Je vous renvoie plus haut à ce que je vous ai dit sur votre notion d’« autonomie » qui implique de se suicider pour n’être « à la merci » de rien du tout. Comment déterminez-vous objectivement le bon degré ? En fonction de quelle norme ?

      3° Je vous renvoie également à la citation d’Ayn Rand et à ce qu’elle dit sur le refus de penser. Vous n’arrivez pas à comprendre, ou ne voulez pas comprendre, que c’est la raison qui est l’outil de survie de l’être humain. Ainsi, selon l’Objectivisme, ce n’est pas un degré d’« autonomie » (au sens où vous l’entendez) dont l’homme a besoin, mais de raison. C’est cela qui lui permet, lorsqu’il est confronté à un problème de le résoudre et de ne pas être « à la merci » des défaillances inhérentes au progrès humain.

      Très honnêtement, je n’ai aucune attirance pour ce pays, actuellement.

      Quel rapport avec ce que j’ai dit ? Quel rapport avec la discussion ? Votre préférence personnelle ou la mienne n’est absolument pas le sujet. Nous ne sommes pas en train de parler de la destination de vos prochaines vacances. Nous sommes ici en train de parler de ce que sont les États-Unis, pour vous montrer que ce que vous projetez sur les références américaines dans un contexte lié à l’Objectivisme est faux et hors de propos quant à cette philosophie. Peu importe que vous ayez une attirance pour ce pays ou pas, cela ne regarde que vous. Votre confusion entre vos préférences personnelles, voire même vos peurs (que vous appliquez à l’humanité entière) et des principes généraux, abstraits et universels est encore un énorme obstacle à toute discussion rationnelle.

      C’était une abstraction, pour le coup. Comparez la densité de population de la Norvège ou de la Suède avec le Sud de la Californie…

      Savez-vous ce que signifie le mot « abstraction » ? Je vous conseille de lire très attentivement Introduction to Objectivist Epistemology. Une abstraction est une focalisation sélective qui isole et sépare de tous les autres un certain aspect d’une réalité plus ou moins concrète. On ne peut pas procéder à une abstraction à partir de deux concepts antonymes. (À moins que ce soit une abstraction relationnelle signifiant leur antonymie.) L’expression « ville surpeuplé » ne peut pas être une abstraction à partir d’une réalité qui inclut la campagne, puisque la campagne est antonyme à la ville. Quel est l’attribut commun que vous isolez ?!

      Vous êtes donc en train de me dire à présent que vous ne parliez pas des villes à forte densité de population mais de la densité de population en général ? Serait-ce l’attribut commun ? Vous avez complètement changé de sujet donc, une fois de plus. Alors je ne sais même pas de quoi vous parlez en fait… La Norvège et la Suède étant parmi les pays les moins peuplés du monde en terme de densité, si on les prend comme norme, forcément en comparaison tout le reste du monde est « surpeuplé », mais de toute façon ce ne sont que des moyennes, ça dépend toujours où vous êtes. On peut vivre dans le Sud de la Californie dans une région moins dense qu’une ville Norvégienne ou Suédoise.

      Yaron Brook parle bien du fait que les populations scandinaves décrivent la Scandinavie comme l’un des meilleurs endroits pour vivre, ce à quoi il répond par sa « blague » de la météo.

      Oui et alors ? Il s’en sert simplement pour dire de façon ironique, comme un à-côté secondaire, qu’il préfère les climats chauds au climat froids. C’est son affaire, cela n’a rien à voir avec l’Objectivisme et vous savez bien que l’essence de son propos n’est pas celui là dans la vidéo.

      Et je vous invite à revoir la vidéo, il parle bien de bonheur dans la vidéo. A 5:30, il est septique sur le fait que le peuple norvégien soit si heureux que ça (j’imagine qu’il ne peut pas comprendre non plus pourquoi certaines familles hongroises soient si heureuses parce-qu’ elles reçoivent un chèque de la part de l’Etat pour faire le plus d’enfants possible, plutôt que d’être « productive » et de « travailler dur »).

      Je ne vous ai pas dit qu’il ne parlait pas de bonheur, je vous ai dit qu’il ne parlait pas de criminalité. Vous changez systématiquement de sujet et mélangez un peu tout. (Au début vous parliez du climat, ensuite vous parlez de la criminalité, maintenant vous parlez de l’État-providence… tout cela est très confus, pourquoi changez-vous systématiquement ?) Je vous répète donc que son propos n’est absolument pas de dire qu’on est nécessairement plus heureux en Californie qu’en Scandinavie ou l’inverse, son propos est tout d’abord de dire que si les pays Scandinaves s’en sortent, c’est uniquement dans la mesure de leur absence de réglementation étatiques ; et dans un second temps il ajoute qu’il est sceptique quant au fait que les norvégiens qui vivent dans la dépendance de l’État sans accomplir quoi que ce soit puissent être heureux, ce qui a un lien avec les principes de l’Objectivisme : en effet l’Objectivisme conclue (je résume à l’extrême) que le bonheur découle de l’accomplissement de la vie, ce qui requiert de se servir de sa raison pour produire quelque chose. Il y a évidemment des norvégiens qui font cela, vous vous doutez bien que Yaron Brook ne l’ignore pas. À toute fins utiles, Ayn Rand a eu de l’influence en Norvège de son vivant, elle en a d’ailleurs parlé en 1976 dans son article « A Last Survey » puis dans sa conférence « The Moral Factor ».

      J’ai peut-être tort (entièrement tort selon vous), mais l’empirisme apporte une réponse très simple.
      Pays qui respecte les libertés les plus fondamentales (expression, etc.), où la population ne crève pas de faim et où on ne risque pas de se faire décapiter au moindre coin de rue = population heureuse.

      Là vous ne faites pas preuve d’empirisme, mais plutôt de rationalisme, ce qui est un autre type d’erreur philosophique. (Et ce que vous dites suscite un sérieux doute quant au fait que vous compreniez réellement ce que signifie le mot « empirisme » dans le contexte philosophique.) Il y a certainement plus de facteurs à prendre en compte que cela, et surtout le bonheur est d’abord et avant tout une question individuelle. Un pays tel que vous décrivez (qui ne correspond à aucun pays du monde actuellement) pourrait avoir une population relativement heureuse, mais pour des raisons plus profondes que les raisons politiques que vous donnez, à savoir une bonne philosophie prédominante, dont les effets politiques que vous décrivez seraient des conséquences concomitantes au bonheur de la population (qui joueraient certainement un rôle dans ce bonheur, mais ne l’expliquerait pas dans son intégralité).

      Mais il est bien clair que ce que vous décrivez ne correspond pas aux pays scandinaves, qui ne respectent pas toutes les libertés fondamentales, comme aucun pays du monde d’ailleurs. Cependant, la mesure de leur réussite correspond à la mesure de leur respect des libertés, qui est plus grande qu’on ne le croit et qui tend à aller dans ce sens aujourd’hui, alors que la France et les États-Unis empruntent des chemins inverses. C’est exactement ce que dit Yaron Brook.

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